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{"props":{"pageProps":{"category":{"id":"dGVybTo2NTYx","name":"Agir dans et pour une économie plurielle","posts":{"nodes":[{"id":"cG9zdDoyMzE5","title":"De la démocratie dans le travail pour sauver la démocratie","uri":"/2024/02/29/de-la-democratie-dans-le-travail-pour-sauver-la-democratie/","date":"2024-02-29T23:20:54","categories":{"nodes":[{"name":"Agir dans et pour une économie plurielle","slug":"agir-dans-et-pour-une-economie-plurielle"}]},"slug":"de-la-democratie-dans-le-travail-pour-sauver-la-democratie","content":"\n\u003cfigure class=\"wp-block-image size-large\"\u003e\u003cimg decoding=\"async\" src=\"https://i0.wp.com/www.babelio.com/couv/CVT_Le-mal-travail-un-choix-francais--comment-en-sort_1827.jpg?ssl=1\" alt=\"\" data-recalc-dims=\"1\"/\u003e\u003c/figure\u003e\n\n\n\n\u003cp\u003eCe titre est la dernière phrase du livre de \u003cstrong\u003eFrançois Ruffin\u003c/strong\u003e\u0026nbsp;: «\u0026nbsp;Mal travail \u0026#8211; Le choix des élites\u0026nbsp;». Il résume bien l’essentiel du message de deux autres livres récemment parus\u0026nbsp;: celui de \u003cstrong\u003eLaurent Berger\u003c/strong\u003e\u0026nbsp;:\u0026nbsp;\u003cem\u003eDu mépris à la colère – Essai sur la France au travail\u003c/em\u003e et celui de \u003cstrong\u003ePaul Magnette\u003c/strong\u003e\u0026nbsp;:\u0026nbsp;\u003cem\u003eL’autre moitié du monde – Essai sur le sens et la valeur du travail\u003c/em\u003e.\u003c/p\u003e\n\n\n\n\u003cp\u003eF.Ruffin est député de la Somme, Laurent Berger était secrétaire général de la CFDT de 2012 jusqu’au mois de juin 2023, Paul Magnette est professeur de théorie politique et président du Parti socialiste belge. La parution coup sur coup de ces trois livres sur le travail doit attirer notre attention. Le titre de cet article est une tentative de réponse à cette phrase de Jean-Jaurès «\u0026nbsp;La Révolution a fait du Français un roi dans la cité et l’a laissé serf dans l’entreprise\u0026nbsp;».\u003c/p\u003e\n\n\n\n\u003cp\u003eLe travail, écrit Laurent Berger, représente un enjeu démocratique fondamental. Et \u003cstrong\u003e«\u0026nbsp;à l’inverse le chômage, la précarité, le mépris, les bas salaires créent du ressentiment – une tendance sur laquelle l’extrême droite progresse allégrement\u0026nbsp;» \u003c/strong\u003e\u003ca href=\"#_ftn1\" id=\"_ftnref1\"\u003e[1]\u003c/a\u003e.\u0026nbsp;\u003c/p\u003e\n\n\n\n\u003cp\u003eLe titre du livre de Paul Magnette\u0026nbsp;\u003cem\u003eL’autre moitié du monde\u003c/em\u003e vient d’une citation du Pantagruel de François Rabelais\u0026nbsp;: «\u0026nbsp;…il est bien vrai ce que l’on dit, que la moitié du monde ne sait comment l’autre vit ». Ce qui est sans doute notre cas en tant que lecteur de la lettre de l’ECCAP. Nous qui avons applaudi les premiers de corvée lors de l’épidémie du Covid sans connaître le plus souvent leurs véritables conditions de travail. D’où l’intérêt de lire ces trois livres qui nous parlent des conditions de travail.\u003c/p\u003e\n\n\n\n\u003cp\u003eL.Berger secrétaire général, allait chaque semaine à la rencontre des salariés d’une entreprise pour discuter, écouter.\u0026nbsp; Et ce qu’il entendait d’abord c’était \u003cstrong\u003ela fierté\u003c/strong\u003e du travail réalisé quelle que soit sa diversité. Mais souvent s’exprimait l’absence de reconnaissance des compétences et du désir de bien faire son boulot. L.Berger écrit\u0026nbsp;: Dans le débat public, le travail est un «\u0026nbsp;sujet extraordinairement mal traité\u0026nbsp;». Pourtant comme le souligne Paul Magnette, qui cite souvent dans son livre la philosophe Simone Weil\u0026nbsp;: «\u0026nbsp;On a toujours besoin pour soi-même de signes extérieurs de sa propre valeur\u0026nbsp;».\u003c/p\u003e\n\n\n\n\u003cp\u003eLe livre de François Ruffin abonde de rencontres avec des travailleurs qui relatent leurs expériences. Citons le cas de Valérie, trente ans de caisse chez Continent devenu Carrefour qui dit\u0026nbsp;:\u0026nbsp;«\u0026nbsp;ça peut vous paraître bizarre, mais mon métier de caissière, je l’aimais bien.\u0026nbsp;». Mais l’obligation de s’en tenir avec le client à SBAM, c’est-à-dire\u0026nbsp;:\u0026nbsp;«\u0026nbsp;Sourire- bonjour-au revoir-merci\u0026nbsp;»\u0026nbsp;; ou avoir entendu un jour le chef dire à un client\u0026nbsp;: «\u0026nbsp;C’est terminé, les caissières ne parlent plus à personne\u0026nbsp;» l’a fait craquer, perdre l’envie.\u003c/p\u003e\n\n\n\n\u003ch2 class=\"wp-block-heading\"\u003eUn mal français\u003c/h2\u003e\n\n\n\n\u003cp\u003eCinquante et un pour cent des salariés en France ont le sentiment de pouvoir influencer les décisions importantes de l’entreprise qui les concernent contre 85% dans les pays scandinaves\u003ca href=\"#_ftn2\" id=\"_ftnref2\"\u003e[2]\u003c/a\u003e. «\u0026nbsp;Sur le travail, dans toutes les enquêtes européennes, la France est distancée par les voisins qui lui ressemblent, au profil social et économique proche\u0026nbsp;»\u003ca href=\"#_ftn3\" id=\"_ftnref3\"\u003e[3]\u003c/a\u003e. Pour ne prendre qu’un exemple parmi bien d’autres\u0026nbsp;: en France il y a 4,5 accidents mortels au travail pour 100.000 salariés par an, c’est-à-dire que parmi une vingtaine d’autres pays, seules la Lituanie, Malte et la Lettonie ont de plus mauvais résultats que nous. La sociologue Marie-Jeanne Dujarier propose un néologisme\u0026nbsp;: les «\u0026nbsp;planneurs\u0026nbsp;» pour qualifier ces concepteurs de dispositifs qui précisent règles et process qui s’imposent aux exécutants sans avoir eux-mêmes expérimentés. Et l’article d’Alternatives Économiques \u003cem\u003eEnquête sur le management \u0026nbsp;à la française\u003c/em\u003e\u0026nbsp;le caractérise comme «\u0026nbsp;autoritaire, technocratique, vertical\u0026nbsp;». Alors que chez tous les salariés, «\u0026nbsp;on entend désormais la même aspiration à la reconnaissance, à l’autonomie, au respect, la même volonté de pouvoir s’exprimer sur son travail, d’être écouté\u0026nbsp;»\u003ca href=\"#_ftn4\" id=\"_ftnref4\"\u003e[4]\u003c/a\u003e.\u003c/p\u003e\n\n\n\n\u003chr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"/\u003e\n\n\n\n\u003cp\u003e\u003ca href=\"#_ftnref1\" id=\"_ftn1\"\u003e[1]\u003c/a\u003e «\u0026nbsp;Que sait-on du travail\u0026nbsp;?\u0026nbsp;» rassemble 37 contributions de 60 chercheurs. Bruno Palier, qui a rédigé l’introduction, a été auditionné et a déclaré\u0026nbsp;: «\u0026nbsp;«\u0026nbsp;Le ressentiment privé, dans l’entreprise, lorsqu’on s’y trouve maltraité, méprisé, rejaillit en ressentiment public, où l’on subit des dirigeants le même mépris. C’est manifestement un ressort, sinon un moteur du vote RN.\u0026nbsp;»\u003c/p\u003e\n\n\n\n\u003cp\u003e\u003ca href=\"#_ftnref2\" id=\"_ftn2\"\u003e[2]\u003c/a\u003e Voir Alternatives économiques, février 2024, page 29.\u003c/p\u003e\n\n\n\n\u003cp\u003e\u003ca href=\"#_ftnref3\" id=\"_ftn3\"\u003e[3]\u003c/a\u003e Livre de F.Ruffin, p.40.\u003c/p\u003e\n\n\n\n\u003cp\u003e\u003ca href=\"#_ftnref4\" id=\"_ftn4\"\u003e[4]\u003c/a\u003e Livre de Laurent Berger, p.25.\u003c/p\u003e\n","author":{"node":{"id":"dXNlcjoyMjA1MDcwMjQ="}}},{"id":"cG9zdDoyMjYy","title":"S’opposer en proposant, sur toutes les grandes questions politiques","uri":"/2024/02/02/sopposer-en-proposant-sur-toutes-les-grandes-questions-politiques/","date":"2024-02-02T10:47:33","categories":{"nodes":[{"name":"Agir dans et pour une économie plurielle","slug":"agir-dans-et-pour-une-economie-plurielle"},{"name":"Une démocratie pour vivre ensemble","slug":"une-democratie-pour-vivre-ensemble"}]},"slug":"sopposer-en-proposant-sur-toutes-les-grandes-questions-politiques","content":"\n\u003cfigure class=\"wp-block-image size-full\"\u003e\u003cimg loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"380\" height=\"380\" data-attachment-id=\"2276\" data-permalink=\"https://changement-de-cap.fr/2024/02/02/sopposer-en-proposant-sur-toutes-les-grandes-questions-politiques/creer-1/\" data-orig-file=\"https://i0.wp.com/changement-de-cap.fr/wp-content/uploads/2024/02/creer-1.webp?fit=380%2C380\u0026amp;ssl=1\" data-orig-size=\"380,380\" data-comments-opened=\"1\" data-image-meta=\"{\u0026quot;aperture\u0026quot;:\u0026quot;0\u0026quot;,\u0026quot;credit\u0026quot;:\u0026quot;\u0026quot;,\u0026quot;camera\u0026quot;:\u0026quot;\u0026quot;,\u0026quot;caption\u0026quot;:\u0026quot;\u0026quot;,\u0026quot;created_timestamp\u0026quot;:\u0026quot;0\u0026quot;,\u0026quot;copyright\u0026quot;:\u0026quot;\u0026quot;,\u0026quot;focal_length\u0026quot;:\u0026quot;0\u0026quot;,\u0026quot;iso\u0026quot;:\u0026quot;0\u0026quot;,\u0026quot;shutter_speed\u0026quot;:\u0026quot;0\u0026quot;,\u0026quot;title\u0026quot;:\u0026quot;\u0026quot;,\u0026quot;orientation\u0026quot;:\u0026quot;0\u0026quot;}\" data-image-title=\"creer-1\" data-image-description=\"\" data-image-caption=\"\" data-medium-file=\"https://i0.wp.com/changement-de-cap.fr/wp-content/uploads/2024/02/creer-1.webp?fit=300%2C300\u0026amp;ssl=1\" data-large-file=\"https://i0.wp.com/changement-de-cap.fr/wp-content/uploads/2024/02/creer-1.webp?fit=380%2C380\u0026amp;ssl=1\" src=\"https://i0.wp.com/changement-de-cap.fr/wp-content/uploads/2024/02/creer-1.webp?resize=380%2C380\u0026#038;ssl=1\" alt=\"\" class=\"wp-image-2276\" srcset=\"https://i0.wp.com/changement-de-cap.fr/wp-content/uploads/2024/02/creer-1.webp?w=380\u0026amp;ssl=1 380w, https://i0.wp.com/changement-de-cap.fr/wp-content/uploads/2024/02/creer-1.webp?resize=300%2C300\u0026amp;ssl=1 300w, https://i0.wp.com/changement-de-cap.fr/wp-content/uploads/2024/02/creer-1.webp?resize=150%2C150\u0026amp;ssl=1 150w, https://i0.wp.com/changement-de-cap.fr/wp-content/uploads/2024/02/creer-1.webp?resize=200%2C200\u0026amp;ssl=1 200w\" sizes=\"(max-width: 380px) 100vw, 380px\" data-recalc-dims=\"1\" /\u003e\u003c/figure\u003e\n\n\n\n\u003cp\u003eDans deux articles précédents de l’ECCAP (\u003ca href=\"https://www.eccap.fr/article/non-au-defaitisme-une-autre-campagne-a-imaginer-ensemble-vers-une-democratie-continue\"\u003eNon au défaitisme\u003c/a\u003e et \u003ca href=\"https://www.eccap.fr/article/en-2024-construire-un-levier-de-transformation-pour-construire-un-chemin-en-commun\"\u003eTisser des liens\u003c/a\u003e) Pierre-Alain Cardona a exposé les conditions à remplir pour aboutir à une démocratie continue et renouvelée\u0026nbsp;: des liens au plan local entre les nombreuses initiatives actives et favorables à un changement de cap. Dans \u003ca href=\"https://www.eccap.fr/article/des-confluences-en-mouvement-catalyser-vers-des-mesures-basculantes\"\u003eun autre article\u003c/a\u003e, Pierre-Alain Cardona nous tient au courant des avancées de cette mise en relation de réseaux, suite à la réunion du 27 janvier 2024 à Paris, pour poursuivre ce tissage de liens entre actions diverses qui contribuent à un changement de cap. \u003cstrong\u003eMais encore faut-il que les partis politiques prennent le relais\u003c/strong\u003e pour contribuer à modifier les règlements, les lois et les institutions. Or aujourd’hui, comme l’écrit Agathe Cagé\u0026nbsp;dans un article d’\u003cem\u003eAOC\u003c/em\u003e :\u003c/p\u003e\n\n\n\n\u003cp\u003e«\u0026nbsp;\u003cem\u003eLes partis de gauche, quant à eux, paraissent avant tout focalisés… sur la promotion de leurs dissensions et de leurs désaccords. Ils font passer au deuxième plan l’opposition aux politiques portées par le gouvernement, et au troisième plan la mise en chantier de l’élaboration d’un projet solide et ambitieux à soumettre aux électrices et aux électeurs.\u0026nbsp;»\u003c/em\u003e\u003c/p\u003e\n\n\n\n\u003cp\u003eAlors que François Dubet dans un autre article d’\u003cem\u003eAOC\u003c/em\u003e souligne\u003cem\u003e\u0026nbsp;: « il est plus que temps pour la gauche, et sur toutes les grandes questions politiques, de s’opposer en proposant\u0026nbsp;\u003c/em\u003e», car \u003cstrong\u003eon a bien du mal à savoir ce qu’elle ferait si elle arrivait au pouvoir.\u003c/strong\u003e \u003c/p\u003e\n\n\n\n\u003cp\u003eAuparavant cette gauche était portée par un courant de pensée favorable aux progrès social, scientifique et technique\u003cem\u003e, \u003c/em\u003emais François Dubet écrit\u0026nbsp;: \u003cem\u003e« Les dégâts du progrès paraissent l’avoir emporté sur ses bénéfices et les lendemains qui chantent se sont plus encore éloignés. La destruction de la planète et la mondialisation donnent le sentiment de vivre dans un monde dangereux\u0026nbsp;».\u0026nbsp;\u003c/em\u003e\u003c/p\u003e\n\n\n\n\u003cp\u003eJusqu’à présent l’orientation de l’Europe a été favorable à la mondialisation\u0026nbsp;; son obsession en faveur de la concurrence, de l’ouverture des marchés, de la limitation des déficits publics a entraîné une «\u0026nbsp;hécatombe\u0026nbsp;» industrielle\u003ca href=\"#_ftn1\" id=\"_ftnref1\"\u003e[1]\u003c/a\u003e et contribué, lors des élections, à une augmentation des abstentions et au vote en faveur de Marine Le Pen.\u003c/p\u003e\n\n\n\n\u003cp\u003e\u003cstrong\u003eRemettre au cœur de la politique la question du travail\u003c/strong\u003e\u003c/p\u003e\n\n\n\n\u003cp\u003eParmi tous les sujets qu’il faudrait aborder pour un véritable changement de cap, la question du travail devrait avoir une place centrale. Concernant les accidents du travail en 2019, il y en a eu 783.600 dont 780 ont été mortels, ce qui donne un ratio de 3,5 accidents mortels pour 100.000 salariés, soit le double de la moyenne européenne. En rapportant le nombre de décès au nombre de travailleurs, nous obtenons un ratio de 3,5 accidents mortels pour 100 000 salariés. En comparant aux résultats des autres pays européens, nous dépassons le double de la moyenne européenne (1,7). Cela fait de la France, le pays européen ayant le plus fort ratio de décès du travail d\u0026#8217;Europe. La suppression du CHSCT (Comité d’hygiène et de sécurité et des conditions de travail) en 2020 sous prétexte de simplification\u003ca href=\"#_ftn2\" id=\"_ftnref2\"\u003e[2]\u003c/a\u003ea été une catastrophe.\u003c/p\u003e\n\n\n\n\u003cp\u003eLaurent Berger, qui a été secrétaire général de la CFDT depuis 2012 et qui a quitté ses fonctions à la fin du mois de juin 2023, a écrit un livre intitulé \u003cem\u003eDu mépris à la colère. Essai sur la France au travail\u003c/em\u003e en mai 2023. Il écrit\u0026nbsp;:\u003c/p\u003e\n\n\n\n\u003cp\u003e«\u0026nbsp;\u003cem\u003enous devons imposer un cadre politique qui mette ce sujet capital à sa juste place… Il faut redonner de la place au travail dans l’espace démocratique\u003c/em\u003e\u0026nbsp;» (p.113).\u003c/p\u003e\n\n\n\n\u003cp\u003eIl déplore que les politiques soient passés à côté (p.73). Paul Magnette, président du Parti socialiste belge fait exception. Il a écrit en janvier 2024 :\u0026nbsp;\u003cem\u003eL’autre moitié du monde. Essai sur le sens et la valeur du travail\u003c/em\u003e\u003ca href=\"#_ftn3\" id=\"_ftnref3\"\u003e[3]\u003c/a\u003e.\u003c/p\u003e\n\n\n\n\u003cp\u003eNos politiques feraient bien de s’inspirer de ces deux livres.\u003c/p\u003e\n\n\n\n\u003chr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"/\u003e\n\n\n\n\u003cp\u003e\u003ca href=\"#_ftnref1\" id=\"_ftn1\"\u003e[1]\u003c/a\u003e Voir F.Ruffin «\u0026nbsp;Je vous écris du front de la Somme\u0026nbsp;», Ed. Les liens qui libèrent, sept. 2022,\u0026nbsp; p.35.\u0026nbsp;; voir aussi l’interview de Paul Magnette à France-Inter le 9 janvier 2024.\u003c/p\u003e\n\n\n\n\u003cp\u003e\u003ca href=\"#_ftnref2\" id=\"_ftn2\"\u003e[2]\u003c/a\u003e Voir l’interview de Sophie Binet Secrétaire générale de la CGT et du Président de la FE/CGC à Mediapart.\u003c/p\u003e\n\n\n\n\u003cp\u003e\u003ca href=\"#_ftnref3\" id=\"_ftn3\"\u003e[3]\u003c/a\u003e Voir son interview à France Inter le 9 janvier 2024.\u003c/p\u003e\n","author":{"node":{"id":"dXNlcjoyMjA1MDcwMjQ="}}},{"id":"cG9zdDoyMDI2","title":"VIVRE EN ÉCONOMIE STATIONNAIRE","uri":"/2023/09/01/vivre-en-economie-stationnaire/","date":"2023-09-01T12:37:30","categories":{"nodes":[{"name":"Agir dans et pour une économie plurielle","slug":"agir-dans-et-pour-une-economie-plurielle"},{"name":"Une autre économie","slug":"une-autre-economie"}]},"slug":"vivre-en-economie-stationnaire","content":"\n\u003cfigure class=\"wp-block-image size-large\"\u003e\u003cimg decoding=\"async\" src=\"https://i0.wp.com/reporterre.net/IMG/jpg/decroissance_coutrot_v_1.jpg?ssl=1\" alt=\"\" data-recalc-dims=\"1\"/\u003e\u003c/figure\u003e\n\n\n\n\u003cp\u003eCe texte est le résumé d’un article à paraître dans le numéro 62 de la revue du Mauss (datée du mois d’octobre 2023).  Il critique le paradigme d’une croissance illimitée et propose d’y substituer l’hypothèse d’une économie stationnaire comme cadre de nos politiques économiques.\u003c/p\u003e\n\n\n\n\u003cp\u003eDepuis près de vingt ans, l’horizon d’un retour d’une croissance soutenue semble s’éloigner à mesure que le temps passe. De fait, cette ambition parait relever d’une grave erreur d’analyse basée sur l’hypothèse que la croissance est la situation naturelle de l’économie alors qu’une observation objective des faits montre que l’imaginaire d’une croissance illimitée est en train de se dissoudre. Depuis la fin des années soixante, le taux de croissance (en moyenne décennale) perd un point tous les 10 ans. Et cette décélération marquée s’est faite en dépit d’un expansionnisme monétaire jamais vu hors période de guerre. Cette évolution n’est pas surprenante au regard des principaux facteurs de croissance. Pour simplifier, la production peut croître pour trois raisons principales : la croissance de la population active, les gains de productivité et la vitesse de circulation des flux de toutes natures (physiques, financiers, humains). Ces trois moteurs sont en train de s’essouffler. Dans tous les pays développés, la population vieillit, pendant que la productivité diminue conformément aux thèses de Robert Solow\u003ca href=\"#_ftn1\" id=\"_ftnref1\"\u003e[1]\u003c/a\u003e et de Robert Gordon\u003ca href=\"#_ftn2\" id=\"_ftnref2\"\u003e[2]\u003c/a\u003e enfin l’accélération des flux se heurte à des limites aussi bien physiques que monétaires.\u003c/p\u003e\n\n\n\n\u003cp\u003eMais cette perspective est-elle inquiétante ou rassurante à l’heure où la question du franchissement d’un certain nombre de limites planétaires se pose avec de plus en plus d’insistance\u0026nbsp;? Existe-t-il un autre état que l’état de croissance\u0026nbsp;? Pour répondre à ces questions essentielles, il faut revenir aux origines de l’économie politique.\u003c/p\u003e\n\n\n\n\u003cp\u003eSi Adam Smith dans la \u003cem\u003eRichesse des Nations \u003c/em\u003eintroduit le concept d’état stationnaire, c’est David Ricardo qui va contribuer de manière importante à la réflexion sur la finitude de la croissance et sur la perspective d’un état stationnaire comme horizon naturel de l’économie. John Stuart Mill va approfondir ce concept en mettant en évidence que cet état est l’horizon logique des pays ayant atteint un niveau de richesse suffisant et qu’il n’implique pas l’immobilité du progrès humain. Il faudra attendre 1972 et le Rapport Meadows, pour que soit mis en lumière l\u0026#8217;impossibilité pour les ressources naturelles de se régénérer aussi vite que la croissance économique l\u0026#8217;exige. C’est dans ces mêmes années que va s’exprimer le plus radicalement la critique du principe d’une société de surconsommation de plus en plus poussée par la technique, critique portée par Jacques Ellul, Ivan Illich ou encore André Gorz. Pour ces auteurs, cette croissance économique est basée sur une forme d’insatisfaction perpétuelle qui, pour être dépassée impose une production infinie ce qui engendre toujours plus de pénuries, d’inégalités et de frustrations qu’elle ne satisfait de besoins. Avec la révolution néolibérale des années 1980 et plus encore avec l’avènement du technocapitalisme dix ans plus tard, la croyance en une croissance joyeuse et inclusive reprend le dessus et ce concept d’état stationnaire va tomber dans l’oubli. Oubli dont l’économiste américain Nicholas Georgescu-Roegen essaya de l’en sortir en montrant que si l’énergie joue un rôle central dans la croissance, elle aussi subit l’implacable loi des rendements décroissants. Mais ces critiques ne pesèrent que de peu de poids face à la puissance du paradigme de \u003cem\u003ela destruction créatrice\u003c/em\u003e cher à Joseph A. Schumpeter dont la synthèse proposée par Philippe Aghion incarne la vision la plus pure\u003ca href=\"#_ftn3\" id=\"_ftnref3\"\u003e[3]\u003c/a\u003e. Aux interrogations des économistes classiques et plus récemment de l’économie écologique, la pensée économique dominante répond par l’innovation et l’amélioration du fonctionnement des marchés pour valoriser les externalités négatives de la croissance. Mais, elle n’émet en aucune façon le moindre doute sur le concept de croissance illimitée. C’est pourquoi elle paraît bien pauvre pour nous aider à imaginer ce que pourrait être nos vies dans un état stationnaire, état dont la probabilité d’occurrence augmente.\u003c/p\u003e\n\n\n\n\u003cp\u003eSi tout nous indique que nos politiques publiques devront s’inscrire dans un contexte de croissance faible sur le long terme, la question est alors de savoir quelles sont les conséquences économiques et sociales à tirer de cette perspective «\u0026nbsp;révolutionnaire\u0026nbsp;» qu’est celle d’une économie stationnaire\u0026nbsp;? La période de la Renaissance montre que cet état économique n’est pas synonyme d’immobilisme. Dans une économie stationnaire, la société peut continuer à se transformer, à évoluer, à redistribuer les richesses, à créer des emplois, à inventer de nouvelles libertés, etc. La seule dimension qui est quasi stable est sa métrique (le PIB). Penser de nouvelles politiques publiques impose d’être convaincu qu’un état stationnaire n’est pas obligatoirement synonyme d’immobilisme et encore moins de retour à l’âge de pierre. Compte tenu des forces à l’œuvre (démographie, productivité et décélération généralisée), nous pensons que la question n’est plus d’être «\u0026nbsp;pour\u0026nbsp;» ou «\u0026nbsp;contre\u0026nbsp;» la croissance mais celle des politiques économiques qui permettront un atterrissage en douceur dans cet état stationnaire. En particulier lors de la phase critique qui interviendra lorsque les investissements nécessaires à la transformation de nos économies et de nos infrastructures apporteront leurs effets positifs en matière de réduction de la consommation dans les secteurs de l’énergie, des transports, des équipements industriels, etc\u003ca href=\"#_ftn4\" id=\"_ftnref4\"\u003e[4]\u003c/a\u003e. La question des revenus et de l’emploi sera au centre des grands défis macroéconomiques qui se présenteront. Au-delà du transfert de l’emploi d’un secteur à un autre, il nous paraît important de souligner qu’adopter un mode de vie plus sobre, plus proche, plus convivial supposera de revoir notre rapport au temps. C’est dans cette perspective que l’étude de Gardes et Alpman doit être considérée\u003ca href=\"#_ftn5\" id=\"_ftnref5\"\u003e[5]\u003c/a\u003e. Cette étude économétrique montre comment les ménages américains ont fait évoluer leurs choix temporels en période d’expansion et de récession et comment la valeur monétaire du \u003cem\u003etemps utile\u003c/em\u003e (temps potentiellement utilisable pour d’autres activité que travail et loisir) a varié sur la même période. En particulier, les auteurs montrent que, en période de récession, de nombreuses heures de travail marchand deviennent disponibles, et que le choix de les transférer sur du \u003cem\u003etemps utile\u003c/em\u003e (production domestique en particulier) peut compenser une partie significative (voire totale) des pertes de revenu\u003ca href=\"#_ftn6\" id=\"_ftnref6\"\u003e[6]\u003c/a\u003e. Par ailleurs, transformer nos systèmes productifs ne se fera pas spontanément ni facilement. Il sera nécessaire de proposer un cadre méthodologique adapté pour faire émerger de nouveaux modèles d’innovation. En la matière, les outils de l’analyse mésoéconomique qui perçoit l’espace comme un élément actif du processus d’innovation ouvrent de grandes perspectives. En particulier, les travaux portant sur ce que l’économie spatiale nomme les \u003cem\u003emilieux innovateurs\u003c/em\u003e forment un cadre local d’organisation puissant\u003ca href=\"#_ftn7\" id=\"_ftnref7\"\u003e[7]\u003c/a\u003e.\u0026nbsp; Le \u003cem\u003emilieu innovateur \u003c/em\u003edésigne un construit social situé (un territoire) dans lequel des acteurs vont interagir et s’organiser pour construire de nouvelles ressources nécessaires au processus d’innovation. C’est pourquoi, au cœur des nouvelles politiques économiques qui seront mises en œuvre se trouveront des projets de territoire capables de créer des écosystèmes économiques organisés pour concilier efficacité économique, performance sociale et équilibre écologique.\u003c/p\u003e\n\n\n\n\u003cp\u003eDepuis un siècle, la pensée économique aura structuré non seulement « l\u0026#8217;économie », mais l\u0026#8217;ensemble des activités sociales au point de constituer une norme de vie dans les sociétés occidentales. Surtout, elle se sera structurée autour de la vision d’un homme raisonnable et calculateur : \u003cem\u003el’homo œconomicus\u003c/em\u003e. Une transformation aussi majeure que celle du passage d’une société de croissance à un état stationnaire devra nécessairement s’appuyer sur un nouveau paradigme anthropologique. Dans cette perspective, pensé en termes philosophiques le concept de décroissance peut fournir une aide puissante. Si notre société de la démesure a besoin de transformer l’individu en consommateur éternellement insatisfait, esclave de ses pulsions et de ses frustrations\u003ca id=\"_ftnref8\" href=\"#_ftn8\"\u003e[8]\u003c/a\u003e, à l’inverse, la philosophie de la décroissance montre que la tempérance et la confiance en la capacité de l’individu à limiter ses désirs peut être source de bien-être. C’est d’abord une éthique de vie qui tourne le dos à la démesure et propose une nouvelle liberté, une nouvelle convivialité. Alors que la société de la surconsommation est un choix piloté par l’économie, la société décroissante est un choix philosophique fondamental qui nous propose de retrouver le chemin d’une vie autonome. Nous voyons alors se dessiner une alliance entre une économie post-croissance et un projet anthropologique ouvrant la voie à une nouvelle grande phase de progrès. Ainsi, économie stationnaire et décroissance sont deux projets complémentaires qui ne se situent pas au même niveau. Le premier est encastré dans le second et l’un a besoin de l’autre. Alors que l’anthropologie de la croissance illimitée voit un sujet individualiste et frustré, une société stationnaire répond aux attentes d’un \u003cem\u003ehomo frugaliter\u003c/em\u003e à la recherche d’autonomie et de convivialité\u003ca id=\"_ftnref9\" href=\"#_ftn9\"\u003e[9]\u003c/a\u003e.\u003c/p\u003e\n\n\n\n\u003chr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"/\u003e\n\n\n\n\u003cp\u003e\u003ca href=\"#_ftnref1\" id=\"_ftn1\"\u003e[1]\u003c/a\u003e Solow R. 1956. A contribution to the Theory of Economic Growth, \u003cem\u003eThe quarterly Journal of Economics, vol. 70\u003c/em\u003e\u003c/p\u003e\n\n\n\n\u003cp\u003e\u003ca href=\"#_ftnref2\" id=\"_ftn2\"\u003e[2]\u003c/a\u003e Gordon R.J., 2016. \u003cem\u003eThe Rise and Fall of American Growth. The U.S. Standard of Living since the Civil War\u003c/em\u003e, Princeton, Princeton University Press\u003c/p\u003e\n\n\n\n\u003cp\u003e\u003ca href=\"#_ftnref3\" id=\"_ftn3\"\u003e[3]\u003c/a\u003e Aghion P., Antonin C., Bunel S. \u003cem\u003eLe pouvoir de la destruction créatrice, \u003c/em\u003eOdile Jacob, 2020\u003c/p\u003e\n\n\n\n\u003cp\u003e\u003ca href=\"#_ftnref4\" id=\"_ftn4\"\u003e[4]\u003c/a\u003e Cahen-Fourot L. et Monserand A. La macroéconomie de la post croissance, \u003cem\u003eL’économie politique (N°98), \u003c/em\u003e2023\u003c/p\u003e\n\n\n\n\u003cp\u003e\u003ca href=\"#_ftnref5\" id=\"_ftn5\"\u003e[5]\u003c/a\u003e Gardes F., Alpman A. Il est temps d’analyser la loi d’Okun et le bien-être des ménages en termes de production domestique \u003cem\u003eRevue économique – vol. 71, n° 6, novembre 2020.\u003c/em\u003e\u003c/p\u003e\n\n\n\n\u003cp\u003e\u003ca href=\"#_ftnref6\" id=\"_ftn6\"\u003e[6]\u003c/a\u003e Voir aussi sur ce sujet l’article de Bruno Théret\u0026nbsp;: \u003cem\u003eDévelopper l’activité citoyenne en réduisant le temps de travail\u003c/em\u003e, Eccap 01/12/2022\u003c/p\u003e\n\n\n\n\u003cp\u003e\u003ca href=\"#_ftnref7\" id=\"_ftn7\"\u003e[7]\u003c/a\u003e Aydalot P. \u003cem\u003eMilieux innovateurs en Europe\u003c/em\u003e, GREMI 1986\u003c/p\u003e\n\n\n\n\u003cp\u003e\u003ca href=\"#_ftnref8\" id=\"_ftn8\"\u003e[8]\u003c/a\u003e \u003ca href=\"https://www.youtube.com/watch?v=pGAbVOCKdsY\"\u003ehttps://www.youtube.com/watch?v=pGAbVOCKdsY\u003c/a\u003e\u003c/p\u003e\n\n\n\n\u003cp\u003e\u003ca href=\"#_ftnref9\" id=\"_ftn9\"\u003e[9]\u003c/a\u003e \u003ca href=\"https://www.youtube.com/watch?v=tFIaQg-zzF8\" rel=\"nofollow\"\u003ehttps://www.youtube.com/watch?v=tFIaQg-zzF8\u003c/a\u003e\u003c/p\u003e\n","author":{"node":{"id":"dXNlcjoyMjA1MDY5ODE="}}},{"id":"cG9zdDoxOTk3","title":"1 milliard et moi, et moi et moi…des alliances essentielles pour bifurquer !","uri":"/2023/07/14/1-milliard-et-moi-et-moi-et-moides-alliances-essentielles-pour-bifurquer/","date":"2023-07-14T21:45:36","categories":{"nodes":[{"name":"Agir dans et pour une économie plurielle","slug":"agir-dans-et-pour-une-economie-plurielle"}]},"slug":"1-milliard-et-moi-et-moi-et-moides-alliances-essentielles-pour-bifurquer","content":"\n\u003cfigure class=\"wp-block-image size-large\"\u003e\u003cimg decoding=\"async\" src=\"https://media.licdn.com/dms/image/D4E22AQFXDB8MokvsKw/feedshare-shrink_800/0/1689021182057?e=1692230400\u0026amp;v=beta\u0026amp;t=sGJ0NAzuKAqKptBqOEAisqGbz5gkyQ48KPa_Gw8OGhc\" alt=\"\"/\u003e\u003c/figure\u003e\n\n\n\n\u003cp\u003eEn avril dernier, Bastien Sibille, fondateur de la SCIC Mobicoop et coprésident des Licoornes, avait lancé un appel pour la création d’un fonds d’un milliard d’euros pour accélérer la transition et permettre aux acteurs déjà engagés de s’organiser. 3 mois et un millier de signataires plus tard, un premier rendez-vous a été fixé le 6 juillet dernier à Paris. Rentré à Marseille, je vous en propose un retour à chaud\u0026nbsp;!\u003c/p\u003e\n\n\n\n\u003cp\u003eNous avons commencé des centaines éparpillées, nous nous sommes retrouvés près de 500 personnes à assister à cette journée, accueillis au sein du collège des Bernardins ou bien en mode visio !\u003c/p\u003e\n\n\n\n\u003cp\u003eLa journée a démarré par une séquence inspirante, la lecture d’une lettre de Claude Alphandéry. Claude nous a rappelé dans quelles conditions Jean Moulin lui demanda, en 1943, d’organiser pour la Drôme un travail de réunification des réseaux de la Résistance. C’est aussi le moment d’accueil et formation de centaines de jeunes, décidés à rejoindre la résistance en refusant le Service de travail obligatoire. Ce moment particulier de notre histoire a démontré qu’il a été possible de s’allier et de s’accepter malgré des histoires personnelles, des cultures politiques ou des croyances différentes. Cela a été possible car de nombreux jeunes étaient réunis dans un même lieu et avec beaucoup de temps pour échanger, partager, s’organiser, apprendre ensemble, et surtout vivre ensemble\u0026nbsp;!\u003c/p\u003e\n\n\n\n\u003cp\u003eCet espace-temps de quelques mois a forgé des amitiés, des combats et des convictions qui se sont retrouvés dans le programme national de la Résistance, «\u0026nbsp;Les Jours Heureux\u0026nbsp;». Cette histoire est la nôtre, elle a rassemblé des communistes et des intégristes catholiques, des militants politiques comme des personnes qui ne s’étaient jamais engagés dans un cadre collectif. Claude, en nous rappelant cela dans sa lettre introductive à nos travaux, a mis la barre très haute, et à poser une exigence pour les nouvelles générations. Il a été possible durant cette période de débattre et de travailler nos désaccords quand une vision, une urgence, une force de vie deviennent essentielles.\u003c/p\u003e\n\n\n\n\u003cp\u003e\u003cstrong\u003e« Qu’est ce qui est essentiel ? » \u003c/strong\u003e\u003c/p\u003e\n\n\n\n\u003cp\u003eCette question traverse nos générations.\u003cstrong\u003e \u003c/strong\u003eLes conditions sont différentes mais la période que nous traversons doit questionner notre capacité de nous allier, non pour se lever face à l’occupant, mais pour bifurquer face à un système capitaliste et financier qui tue à grande échelle notre écosystème terrien.\u003c/p\u003e\n\n\n\n\u003cp\u003eBastien dans son ouverture des travaux, rappelle que les fumées des grands feux canadiens sont arrivées chez nous, au moment où d’autres feux se sont allumés dans des quartiers périphériques suite à l’assassinat du jeune Nahel. Ce lien permet de rappeler qu’il n’y aura pas de transition écologique et climatique sans justice sociale. Cette première alliance est une exigence, elle est aujourd’hui portée par les nouvelles générations. Comment alors créer les conditions de ces alliances qui permettront de faire levier. Le milliard d’euros du fonds est un appel pour démontrer que nos savoir-faire et expériences sont aujourd’hui en mesure de relever le défi mais cette aventure s’inscrit bien au-delà.\u003c/p\u003e\n\n\n\n\u003cp\u003e\u003cstrong\u003eElle est une aventure qui ne sait pas exactement où elle va, et c’est tant mieux !\u003c/strong\u003e\u003cbr\u003eElle est construite, pas après pas, en articulant projet, vision et actions. Après des témoignages inspirants en matinée, 8 ateliers de travail ont pu s’exercer en 1h30 à produire des propositions. Ces ateliers ont permis à la fois de découvrir la diversité des participants et d’articuler des approches pour porter des propositions de chaque groupe. Un compte rendu détaillé sera partagé durant l’été et un second rendez-vous sera programmé à l’automne afin de fixer ensemble une méthode, une gouvernance et des premières actions.\u003c/p\u003e\n\n\n\n\u003cp\u003eNous avons co-animé avec Patrick Viveret et Vaia Tuuhia l’atelier 6 : \u003cstrong\u003e« Comment expérimenter les formes économiques, écologiques et démocratiques que nous réclamons ?\u003c/strong\u003e ». Un atelier qui a pu rassembler plus d’une vingtaine de personne très diverses et se connaissant peu.\u003ca\u003e \u003c/a\u003e\u003cem\u003e« Il y a au bas mot 2 millions de personnes qui adhèrent à la transition juste mais cela ne fait pas système et levier de transformation »\u003c/em\u003e. Nous sommes partis des expériences qui existent déjà. « Il y a quantités de choses qui se font mais comment cela constitue un ensemble articulé qui permettrait au milliard de renforcer ces initiatives \u003cem\u003e? »\u003c/em\u003e : que ce soit sur le forum des indicateurs de richesses, la comptabilité care en triple capital, le DONUT d’Oxfam, les monnaies locales avec le Mouvement Sol, les monnaies-temps avec les Accorderies, la monnaie-fiscale, les Licoornes comme les associations et SCIC sur nos territoires. \u003c/p\u003e\n\n\n\n\u003cp\u003eUn milliard, pour faire quoi et comment ? Quels liens avec l\u0026#8217;économie de marché et comment la dynamique de ce milliard permet de soutenir des initiatives en dehors de l\u0026#8217;économie marchande ? Cela passe nécessairement par résister à la novlangue. Patrick Viveret rappelle les définitions que nous devrions défendre de termes aujourd’hui transformés : Valeur, force de vie ou valor is money ? Bénéfices comme activités bénéfiques et bénévolat, comme orientation bénéfique de la volonté ? Ces mots peuvent appuyer la création d’un nouveau récit, contribuent à un langage commun et nourrissent des alliances. Par exemple, un participant exprime le fait que l’on « ne cherche pas 1 milliard, mais on a déjà 100 milliards si on raconte une nouvelle histoire ! ». Des difficultés pour s’allier au sein de l’ESS « souvent dans des guerres de chapelle » ? Animer des polarités et faire vivre des controverses qui nous renforcent en assumant nos tensions comme autant de richesses ?\u003c/p\u003e\n\n\n\n\u003cp\u003e\u003cstrong\u003eQuelle stratégie pour dépasser l’approche uniquement monétaire du milliard ?\u003c/strong\u003e\u003c/p\u003e\n\n\n\n\u003cp\u003eSur cette question, les participants sont revenus sur les expériences issues d’une analyse critique des règles comptables actuelles : Mieux reconnaitre \u003ca\u003el\u003c/a\u003ees externalités négatives car, en les transformant, elles deviennent des sources considérables sur les budgets de nombreuses organisations publiques ou privées.\u003ca\u003e \u003c/a\u003eUn autre participant nous partage son expérience des marchés financiers et propose d’Hacker le système financier, ni plus, ni moins ! Cela nous démontre que s’allier avec des personnes et des mondes si peu « familiers » peut nous ouvrir de nouvelles pistes et de nouveaux imaginaires. Il faut penser un autre système fondé sur un « retraitement de notre comptabilité » affirme Patrick Viveret : pourquoi ne pas imaginer des points verts et des points noirs pour qualifier de nouveaux indicateurs en différenciant ce qui est « bénéfique » et ce qui est « destructeur » ?\u003c/p\u003e\n\n\n\n\u003cp\u003e\u003cstrong\u003eCela devient alors un enjeu de délibération démocratique.\u003c/strong\u003e Qu\u0026#8217;est ce qui a de la valeur dans notre comptabilité actuelle ? Qui et comment fixer ces points et ces choix ? Quelle dimension concrète et visible pour chaque citoyen ? C’est le sens du projet d’une nouvelle carte vitale prenant en compte la dimension globale de la santé au sens de la définition de l’OMS : « un état de complet bien-être physique, mental et social ». Chaque citoyen prendrait la mesure de ce que cette carte lui permettrait de faire, de reconnaître mais aussi de simplement « être ».\u003c/p\u003e\n\n\n\n\u003cp\u003e\u003cstrong\u003eUne partie du milliard en monnaie locale pour faire levier et soutenir l’écosystème territorial.\u003c/strong\u003e\u003c/p\u003e\n\n\n\n\u003cp\u003eNous devions retenir une proposition à remettre dans la synthèse de la séance plénière : Il a été choisi de renforcer les monnaies locales en demandant à ce qu’une partie du milliard mobilisé puisse être distribué en monnaie locale afin de renforcer les écosystèmes locaux. Une étude a été menée qui démontre que 1000 euros sous forme de monnaie locale déploie entre 1,25 à 1,55 fois plus de ressources sur le territoire en infusant les réseaux de commerce et de services de proximité. De plus, pour appuyer la cohérence de nos pratiques et de nos discours, il est demandé aux SCIC et associations engagées dans notre processus de payer leurs salariés, sur une part, en monnaie locale si elle existe bien sûr ! Il reste alors au Mouvement Sol de développer l’inter-opérabilité des monnaies locales afin de pouvoir les utiliser sur tout le territoire. Là encore, Guillaume, cofondateur de l’Assemblée virtuelle, a rappelé qu’ils ont pu développer des systèmes numériques en soutien à ces acteurs, du Transiscope au réseau social décentralisé, bientôt Archipelago. Sur ce sujet des monnaies et bien d’autres, les alliances entre acteurs se fondent aussi sur des compétences complémentaires qui, ensemble, démontrent la puissance et l’innovation de notre réseau.\u003c/p\u003e\n\n\n\n\u003cp\u003e\u003cstrong\u003eDes nouvelles alliances entre territoires populaires, urbains et ruraux.\u003c/strong\u003e\u003c/p\u003e\n\n\n\n\u003cp\u003eLa première contribution que nous souhaitons apporter à ce tissage est le lien entre acteurs des quartiers urbains populaires et des quartiers plus ruraux, tous marqués par les inégalités. Il n’y aura pas de transition écologique sans lutte contre les inégalités. Notre prochain pas est de diffuser auprès des réseaux d’acteurs associatifs et institutionnels, des bénévoles comme de nombreux professionnels, cet appel et cet enjeu de sortir de nos «\u0026nbsp;espaces de représentation\u0026nbsp;» ou les silos façonnés par une approche techniciste de nos métiers ou de nos engagements. Les Colibris, le Collectif de la transition citoyenne, le Mouvement pour l’économie solidaire (MES), le Collectif des associations citoyennes (CAC) le font déjà. Il faut poursuivre vers des réseaux plus institutionnels mais tout autant engagés, par exemple, l’UNADEL comme l’IRDSU qui travaillent déjà ensemble doivent se relier à cette dynamique (et non se rallier).\u003c/p\u003e\n\n\n\n\u003cp\u003e«\u0026nbsp;Ce qui se fait sans nous, se fait contre nous\u0026nbsp;», nous devons aussi créer les conditions de la rencontre pour tisser les liens avec les associations et collectifs issus des quartiers populaires qui doivent porter par eux-mêmes leur voix. A l’approche de la signature des nouveaux contrats de ville à la fin de 2023, il faut que la question écologique et sociale en deviennent la colonne vertébrale. De nouvelles alliances, comme de nouvelles conditions de la rencontre et de la délibération, permettraient de donner un autre horizon à une société qui se transforme déjà mais qui se fissure tout autant.\u003c/p\u003e\n\n\n\n\u003cp\u003e\u003cstrong\u003eLe 6 juillet marque le début d’une aventure, une aventure qui doit tenir dans le temps.\u003c/strong\u003e\u003c/p\u003e\n\n\n\n\u003cp\u003ePour cela, elle a besoin de rythme\u0026nbsp;: le rythme de nos rencontres comme des occasions de faire ensemble, de transmettre entre générations, de partager des expériences. Le 6 juillet a été ce premier temps\u0026nbsp;et il y en aura d’autres avant le prochain grand rendez-vous fixé à l’automne.\u003c/p\u003e\n\n\n\n\u003cp\u003eInscrire nos actions dans la durée, c’est aussi les rythmer par des pettes actions individuelles. La première proposée est d’élargir le cercle à 3 personnes de notre entourage\u0026nbsp;! Nous sommes près de 1000 premiers signataires, nous devons être 3000 après la période estivale. Pour signer c’est ici\u0026nbsp;: \u003ca href=\"https://0yhgi.mjt.lu/lnk/AVMAAB3iK-AAAckEjoQAASajvl8AAYCtl0IAnaKkACSGHgBkq7YSNmULJWblQoW4U6h30Ey3UgAiLGc/3/ZLB2NxmzmrcrJGAMJ6fVTQ/aHR0cHM6Ly9mcmFtYWZvcm1zLm9yZy8xLW1pbGxpYXJkLWRldXJvcy1wb3VyLWxhLXRyYW5zaXRpb24tanVzdGUtMTY4ODIyMjAzNg\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\"\u003ehttps://framaforms.org/1-milliard-deuros-pour-la-transition-juste-1688222036\u003c/a\u003e\u003c/p\u003e\n\n\n\n\u003cp\u003eDu rythme, des rencontres, des petites actions, nous avons besoin aussi d’espaces et de lieux pour le rendre possible. Un atelier a travaillé à cet enjeu et a commencé à repérer des alliances avec plusieurs dizaines de lieux sur les territoires pour le permettre.\u003c/p\u003e\n\n\n\n\u003cp\u003eDes temps pour se voir, des lieux, de l’énergie, autant de belles ressources rassemblées pour poursuivre et se relier. L’Eccap y contribuera comme l’Archipel des confluences :\u003cstrong\u003e \u003c/strong\u003eêtre au service des acteurs et des espaces où se tissent les liens, et nourrissent la confiance pour changer de cap.\u003c/p\u003e\n","author":{"node":{"id":"dXNlcjoyMjA1MDcwNTU="}}},{"id":"cG9zdDoxOTU1","title":"LAURENT BERGER ET LA VALEUR DU TRAVAIL","uri":"/2023/06/15/laurent-berger-et-la-valeur-du-travail/","date":"2023-06-15T14:28:48","categories":{"nodes":[{"name":"Agir dans et pour une économie plurielle","slug":"agir-dans-et-pour-une-economie-plurielle"},{"name":"Questionner le travail ?","slug":"questionner-le-travail"}]},"slug":"laurent-berger-et-la-valeur-du-travail","content":"\n\u003cfigure class=\"wp-block-image size-large\"\u003e\u003cimg decoding=\"async\" src=\"https://i0.wp.com/m.media-amazon.com/images/I/41OiJc-R9-L._SX195_.jpg?ssl=1\" alt=\"\" data-recalc-dims=\"1\"/\u003e\u003c/figure\u003e\n\n\n\n\u003cp\u003eLa librairie Utopia a organisé le 1\u003csup\u003eer\u003c/sup\u003e juin une présentation de deux nouveaux livres\u0026nbsp;: \u003cem\u003eL’économie sociale et solidaire\u003c/em\u003e de Timothée DUVERGER (La découverte) et \u003cem\u003eDu mépris à la colère \u003c/em\u003ede Laurent BERGER (Seuil). Les deux auteurs recherchent des solutions à la crise actuelle en faisant appel à la société civile mais dans des perspectives quelque peu différentes.\u003c/p\u003e\n\n\n\n\u003cp\u003eLaurent Berger, secrétaire général de la CFDT (jusqu’au 21 juin), a été un des leaders des manifestations massives contre le passage de l’âge légal de la retraite à 64 ans. Il a écrit à chaud un texte qui dépasse ce qu’il appelle «\u0026nbsp;l’épisode de la réforme des retraites\u0026nbsp;». C’est un ouvrage éthique et politique, au sens noble du terme de gestion de la cité des hommes, en l’occurrence des travailleurs.\u003c/p\u003e\n\n\n\n\u003cp\u003eLe point de départ est la distinction entre le travail et l’emploi. Le père de Laurent Berger était ouvrier soudeur aux chantiers navals de Saint-Nazaire, syndiqué et fier de son métier, fier de son \u003cstrong\u003etravail\u003c/strong\u003e\u0026nbsp;: toute la famille allait assister au lancement des bateaux sur lesquels il avait travaillé. La génération de Laurent a été marquée par le chômage (il l’a subi à 26 ans) et la préoccupation des syndicalistes a été la bataille de l’\u003cstrong\u003eemploi\u003c/strong\u003e\u0026nbsp;: sauver les emplois menacés et trouver des emplois pour les jeunes qui arrivaient sur le marché du travail. La menace du chômage est moins présente aujourd’hui et la nouvelle génération aspire à un \u003cstrong\u003etravail\u003c/strong\u003e qui ait du sens (social et écologique), pas seulement à un emploi rémunéré (bien ou mal).\u003c/p\u003e\n\n\n\n\u003cp\u003eDeuxième postulat de l’auteur\u0026nbsp;: tous les métiers ont du sens. La distinction entre les travailleurs très qualifiés de l’industrie, ce que l’on appelait autrefois l’aristocratie ouvrière, la maîtrise et les cadres, et les employés peu qualifiés {j’ai toujours dit peu diplômés car s’occuper d’une personne âgée demande une vraie qualification} s’est estompée. Dans une réunion organisée par Libération, Laurent Berger a vivement réagi aux propos d’un intellectuel qui parlait d’«\u0026nbsp;emplois de merde\u0026nbsp;» {Les anglo-saxons parlent de \u003cem\u003ebullshit jobs\u003c/em\u003e}. La crise du Covid a mis en lumière «\u0026nbsp;les travailleurs essentiels, jusque-là invisibles\u0026nbsp;» qui ont assuré l’alimentation, les soins, la propreté des rues aux populations confinées. À ces héros du quotidien qui ont souvent risqué leur santé, la réponse du pouvoir, méprisante s’il en est, a été «\u0026nbsp;vous travaillerez deux ans de plus\u0026nbsp;»\u0026nbsp;!\u003c/p\u003e\n\n\n\n\u003cp\u003eTroisième idée forte\u0026nbsp;: le travail a été abîmé par la logique \u003cem\u003elow cost\u003c/em\u003e qui a prévalu depuis quelques décennies. Le travail a été rabaissé à la dimension \u003cstrong\u003eéconomique\u003c/strong\u003e d’un coût de production qu’il fallait réduire à toute force face à la concurrence internationale des pays à bas salaires où les entreprises transféraient les fabrications. La dimension \u003cstrong\u003esociale\u003c/strong\u003e du travail, ce collectif de vie dans l’entreprise, a été réduite d’autant, en individualisant les tâches et intensifiant les cadences de chacun. L’accumulation des indicateurs quantitatifs (4 minutes pour s’occuper d’une personne âgée, sans avoir le temps de se soucier de son moral) et des \u003cem\u003ereportings\u003c/em\u003e surabondants ont déshumanisé le travail dans l’industrie et les services.\u003c/p\u003e\n\n\n\n\u003cp\u003eComment restaurer la fierté ouvrière, le goût du travail bien fait auxquels aspireraient la plupart des travailleurs\u0026nbsp;? Comment privilégier la «\u0026nbsp;valeur du travail\u0026nbsp;» (social) par rapport à la «\u0026nbsp;valeur travail\u0026nbsp;» (économique)\u0026nbsp;? En réponse, Laurent Berger écrit\u0026nbsp;: «\u0026nbsp;Je n’ai jamais aimé l’idée du Grand soir, car je crains qu’il se ne transforme en matins un peu tristes, mais j’avoue que j’ai espéré un changement. Et puis on est reparti dans le \u003cem\u003ebusiness as usual\u003c/em\u003e\u0026nbsp;». Le syndicaliste ne croit pas du tout en la classe politique et dit froidement que «\u0026nbsp;la gauche française n’a jamais été travailliste\u0026nbsp;». Il ajoute\u0026nbsp;:\u0026nbsp;«\u0026nbsp;Le problème des politiques, c’est qu’ils préfèrent trop souvent le dogme au réel\u0026nbsp;». Les querelles actuelles des socialistes dans des cabines téléphoniques et les pulsions caporalistes de certains responsables de gauche ne lui donnent pas tort\u0026nbsp;!\u003c/p\u003e\n\n\n\n\u003cp\u003eAlors que faire\u0026nbsp;? Partir de ce que vivent les travailleurs, leurs angoisses de pouvoir d’achat en période d’inflation, mais aussi et surtout changer l’\u003cstrong\u003eorganisation du travail, \u003c/strong\u003epour glisser d’un «\u0026nbsp;travail prescrit\u0026nbsp;» à un travail créatif et collectif. La loi ne devrait pas se mêler de tout mais, dans chaque entreprise, imposer une négociation obligatoire sur l’organisation du travail. «\u0026nbsp;Penser à partir du réel\u0026nbsp;»\u0026nbsp;!\u003c/p\u003e\n\n\n\n\u003cp\u003eIl faut tabler sur «\u0026nbsp;l’aspiration à la coopération dans l’entreprise\u0026nbsp;». «\u0026nbsp;Mon père disait qu’il ne fallait jamais se laisser empoisonner par ses chefs, que ce qui comptait, c’était la justice des mesures. Les travailleurs ne sont pas hostiles à la hiérarchie, tant qu’elle est juste et empathique\u0026nbsp;». Ces convictions du responsable syndicaliste sont assises sur des visites hebdomadaires à des entreprises qui n’ont pas toutes des problèmes. Encore faut-il qu’il y ait un rapport de forces entre travail et capital poussant à la négociation et au compromis, et donc que le syndicalisme soit bien présent dans les entreprises et les établissements. Même si les effectifs syndicaux sont faibles en France par rapport aux pays d’Europe du Nord {Laurent Berger préside encore pour quelques jours la Confédération Européenne des Syndicats}, le leader de la CFDT remarque avec malice que son organisation comprend davantage de militants que l’ensemble des partis politiques français.\u003c/p\u003e\n\n\n\n\u003cp\u003eLa modération est une forme de courage\u0026nbsp;! Peu, à gauche, oseraient écrire\u0026nbsp;: «\u0026nbsp;Je ne suis pas anti-capitaliste, je suis pour une économie de marché responsable et régulée. Je suis aussi profondément européen, je défends une économie sociale de marché, ce qui implique que les travailleurs doivent être pris en considération\u0026nbsp;».\u003c/p\u003e\n\n\n\n\u003cp\u003eLaurent Berger n’est pas naïf\u0026nbsp;: il recommande que les aides publiques aux entreprises soient conditionnées «\u0026nbsp;à la transition écologique, à la qualité du travail, au respect des travailleurs, à la juste répartition de la richesse créée\u0026nbsp;». Il pense que l’éventail des rémunérations devrait être resserré.\u003c/p\u003e\n\n\n\n\u003cp\u003eEt il plaide pour imposer des «\u0026nbsp;clauses environnementales aux produits importés\u0026nbsp;». Une sorte de retour à la «\u0026nbsp;préférence communautaire\u0026nbsp;» qui était une des fondations de l’Europe du traité de Rome, que les néo-libéraux anglo-saxons et continentaux ont bien oubliée. D’autres propositions ne peuvent qu’attirer la sympathie, telle celle de réduire les impôts sur les seuls bénéfices des entreprises réinvestis en France, plutôt que de s’obstiner à réduire la fiscalité sur tout capital. Ou, la nécessité de régulariser les sans-papiers qui résident, travaillent et cotisent en France depuis longtemps. Ainsi que la requalification du travail permettant d’embaucher des candidats résidents plutôt que d’attirer des immigrés.\u003c/p\u003e\n\n\n\n\u003cp\u003eRevenons à l’entreprise, en l’occurrence à «\u0026nbsp;la société à mission\u0026nbsp;», créée par la loi Pacte (mai 2019), que, dit-il, «\u0026nbsp;je défends absolument en tant que syndicaliste\u0026nbsp;»\u0026nbsp;! Rappelons que ces entreprises introduisent des critères sociaux et environnementaux dans leur «\u0026nbsp;raison d’être\u0026nbsp;», dont le respect est jugé par des comités de mission indépendants comprenant des représentants des salariés aidés par un auditeur indépendant. Exemple\u0026nbsp;: le Crédit Mutuel s’engage à distribuer 15% de ses résultats sous forme de dividende sociétal.\u003c/p\u003e\n\n\n\n\u003cp\u003eTelle est l’entreprise d’avant-garde pour Laurent Berger qui n’a pas manifesté un enthousiasme exagéré pour l’Économie sociale et solidaire. Il ne l’a pas trouvée très présente dans le conflit sur les retraites, ni dans les manifestations ni sur les contre-propositions syndicales faites sur l’emploi des seniors ou sur la prise en compte de la pénibilité des travaux. «\u0026nbsp;Le statut n’est pas vertu\u0026nbsp;»,\u0026nbsp;a-t-il rappelé : certaines coopératives, associations, mutuelles ne sont pas exemplaires dans la démocratie des décisions et l’organisation du travail. L’UDES (Union des employeurs solidaires) ne s’est-elle pas rangée du côté patronal\u0026nbsp;!\u003c/p\u003e\n\n\n\n\u003cp\u003eTimothée Duverger, qui a fait une analyse historique et théorique remarquable de l’Économie sociale et solidaire dans son ouvrage précédemment cité, a fait la remarque que les syndicats étaient nés dans l’ombre des mutuelles ouvrières à la fin du XIXème siècle, avant d’être reconnus par la loi. Aujourd’hui, force est de remarquer que les trajectoires sont aujourd’hui distinctes. Les voies de la «\u0026nbsp;coopération\u0026nbsp;» sont multiples, dans l’entreprise à mission ou dans les coopératives et cette pluralité ne va pas faciliter l’essor d’une social-démocratie économique et politique.\u003c/p\u003e\n\n\n\n\u003cp\u003eLaurent Berger cite\u003cem\u003e in fine \u003c/em\u003ele «\u0026nbsp;Pacte du pouvoir de vivre\u0026nbsp;» associant la CFDT et une soixantaine de réseaux associatifs importants de la société civile. «\u0026nbsp;Sur le travail, six points sont essentiels\u0026nbsp;: la négociation de l’organisation du travail, le dialogue professionnel, une évolution du management, la conditionnalité des aides aux entreprises, davantage de moyens octroyés à la prévention et des rendez-vous réguliers pour suivre les travailleurs dans leurs évolutions et leurs attentes\u0026nbsp;».\u003c/p\u003e\n\n\n\n\u003cp\u003eEt il termine sur une touche plus politique en dénonçant (citation) «\u0026nbsp;la verticalité qui a été choisie depuis 2017, avec, ces derniers mois, une forme de paroxysme, et un président de la République qui, par orgueil ou par incapacité, ne veut pas écouter les organisations syndicales et néglige les corps intermédiaires\u0026nbsp;». «\u0026nbsp;Si le gouvernement n’est pas capable de mettre en place cette profonde transformation du travail, il offre une voie royale à Mme Le PEN\u0026nbsp;».\u003c/p\u003e\n","author":{"node":{"id":"dXNlcjoyMjA1MDcwNzA="}}},{"id":"cG9zdDoxOTI4","title":"Le RSA d’Emmanuel Macron : survivre sous condition","uri":"/2023/05/30/le-rsa-demmanuel-macron-survivre-sous-condition/","date":"2023-05-30T19:40:04","categories":{"nodes":[{"name":"Agir dans et pour une économie plurielle","slug":"agir-dans-et-pour-une-economie-plurielle"},{"name":"Questionner les leviers de la redistribution","slug":"questionner-les-leviers-de-la-redistribution"}]},"slug":"le-rsa-demmanuel-macron-survivre-sous-condition","content":"\n\u003cfigure class=\"wp-block-image size-full\"\u003e\u003cimg loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"287\" height=\"176\" data-attachment-id=\"1930\" data-permalink=\"https://changement-de-cap.fr/2023/05/30/le-rsa-demmanuel-macron-survivre-sous-condition/rsa/\" data-orig-file=\"https://i0.wp.com/changement-de-cap.fr/wp-content/uploads/2023/05/rsa.jpg?fit=287%2C176\u0026amp;ssl=1\" data-orig-size=\"287,176\" data-comments-opened=\"1\" data-image-meta=\"{\u0026quot;aperture\u0026quot;:\u0026quot;0\u0026quot;,\u0026quot;credit\u0026quot;:\u0026quot;\u0026quot;,\u0026quot;camera\u0026quot;:\u0026quot;\u0026quot;,\u0026quot;caption\u0026quot;:\u0026quot;\u0026quot;,\u0026quot;created_timestamp\u0026quot;:\u0026quot;0\u0026quot;,\u0026quot;copyright\u0026quot;:\u0026quot;\u0026quot;,\u0026quot;focal_length\u0026quot;:\u0026quot;0\u0026quot;,\u0026quot;iso\u0026quot;:\u0026quot;0\u0026quot;,\u0026quot;shutter_speed\u0026quot;:\u0026quot;0\u0026quot;,\u0026quot;title\u0026quot;:\u0026quot;\u0026quot;,\u0026quot;orientation\u0026quot;:\u0026quot;0\u0026quot;}\" data-image-title=\"rsa\" data-image-description=\"\" data-image-caption=\"\" data-medium-file=\"https://i0.wp.com/changement-de-cap.fr/wp-content/uploads/2023/05/rsa.jpg?fit=287%2C176\u0026amp;ssl=1\" data-large-file=\"https://i0.wp.com/changement-de-cap.fr/wp-content/uploads/2023/05/rsa.jpg?fit=287%2C176\u0026amp;ssl=1\" src=\"https://i0.wp.com/changement-de-cap.fr/wp-content/uploads/2023/05/rsa.jpg?resize=287%2C176\u0026#038;ssl=1\" alt=\"\" class=\"wp-image-1930\" data-recalc-dims=\"1\"/\u003e\u003c/figure\u003e\n\n\n\n\u003cp\u003eStéphane Troussel, le président du département de Seine-Saint-Denis a retiré sa collectivité de l’expérimentation «\u0026nbsp;France Travail\u0026nbsp;». La raison\u0026nbsp;: «\u0026nbsp;La doctrine portée par le gouvernement en matière de conditionnalité des aides sociales […] me paraît une grave entorse à notre République\u0026nbsp;»\u003ca id=\"_ftnref1\" href=\"#_ftn1\"\u003e\u003csup\u003e[1]\u003c/sup\u003e\u003c/a\u003e.\u003c/p\u003e\n\n\n\n\u003cp\u003e\u003cstrong\u003eLe \u003cem\u003eworkfare\u003ca href=\"#_ftn2\" id=\"_ftnref2\"\u003e\u003cstrong\u003e[2]\u003c/strong\u003e\u003c/a\u003e \u003c/em\u003eà la française\u003c/strong\u003e\u003c/p\u003e\n\n\n\n\u003cp\u003eLe candidat Macron avait annoncé lors de la présentation de son programme le 17 mars 2022 sa volonté de réformer le RSA «\u0026nbsp;en assurant un meilleur accompagnement et un meilleur équilibre des droits et devoirs\u0026nbsp;» et «\u0026nbsp;l’obligation de consacrer 15 à 20 heures par semaines pour une activité permettant d’aller vers l’insertion professionnelle\u0026nbsp;»\u003ca href=\"#_ftn3\" id=\"_ftnref3\"\u003e\u003csup\u003e[3]\u003c/sup\u003e\u003c/a\u003e. Le projet a depuis son élection été confié à Thibaut Guilluy, haut-commissaire à l’Emploi et à l’Engagement et intégrera plus largement le projet de loi France Travail qui doit remplacer Pôle emploi en 2024. Il est d’ores et déjà expérimenté dans 18 départements. Sans la Seine-Saint-Denis donc.\u003c/p\u003e\n\n\n\n\u003cp\u003eFrance Travail serait l’opérateur chargé de piloter l’ensemble du service public de l’emploi avec les acteurs associés pour coordonner l’accompagnement des bénéficiaires. Derrière l’intérêt de l’usager avancé par la réforme, se cache en réalité une tentative de recentralisation des politiques d’accompagnement vers l’emploi, comme le laissent entrevoir les craintes exprimées par les départements\u003ca href=\"#_ftn4\" id=\"_ftnref4\"\u003e[4]\u003c/a\u003e ou les missions locales\u003ca href=\"#_ftn5\" id=\"_ftnref5\"\u003e[5]\u003c/a\u003e. Mais cela pose deux problèmes. Tout d’abord, du point de vue de la gouvernance car les collectivités locales, qui reposent sur l’élection au suffrage universel, vont être inféodées à une agence de l’État. Ensuite, au niveau budgétaire, puisque le rapport de la mission de préfiguration estime le financement du plan entre 2,3 et 2,7 milliards d’euros sur la période 2024-2026\u003ca href=\"#_ftn6\" id=\"_ftnref6\"\u003e[6]\u003c/a\u003e.\u003c/p\u003e\n\n\n\n\u003cp\u003eDans un contexte de crise du recrutement, il y a par ailleurs tout lieu de penser que l’État cherche à faire peser la responsabilité du chômage sur les individus plutôt que sur la société, les sanctions venant se substituer à l’accompagnement. Une manière de rééquilibrer le rapport de forces sur le marché du travail au bénéfice des entreprises. C’est ainsi qu’il faut lire les récentes polémiques entourant les propos de l’exécutif, de Thibaut Guilluy, qui souhaite qu’on «\u0026nbsp;demande des comptes\u0026nbsp;» aux allocataires\u003ca href=\"#_ftn7\" id=\"_ftnref7\"\u003e[7]\u003c/a\u003e du RSA, au Président de la République qui estimait lors de son allocution télévisée du 22 mars qu’il fallait les «\u0026nbsp;responsabiliser\u0026nbsp;». La réforme prévoit en particulier une «\u0026nbsp;suspension\u0026nbsp;\u0026#8211;\u0026nbsp;remobilisation\u0026nbsp;» applicable soit avant la signature du contrat d’engagement si l’allocataire ne se présente pas à ses rendez-vous ou tout au long de l’accompagnement s’il ne tient pas ses engagements, ce qui vise à faciliter, donc accroître le recours aux sanctions par les institutions\u003ca href=\"#_ftn8\" id=\"_ftnref8\"\u003e[8]\u003c/a\u003e.\u003c/p\u003e\n\n\n\n\u003cp\u003e\u003cstrong\u003eUn risque d’aggravation de la pauvreté\u003c/strong\u003e\u003c/p\u003e\n\n\n\n\u003cp\u003eOr comme le montre une étude des chercheurs Sylvain\u0026nbsp;Chareyron, Rémi\u0026nbsp;Le\u0026nbsp;Gall et Yannick\u0026nbsp;L’Horty, si les dispositifs de sanction améliorent la participation aux démarches d’insertion, ils n’ont que peu d’effets sur l’accès à l’emploi et aggravent le risque de non-recours aux droits\u003ca href=\"#_ftn9\" id=\"_ftnref9\"\u003e[9]\u003c/a\u003e.\u003c/p\u003e\n\n\n\n\u003cp\u003eUn renforcement des sanctions risque d’aggraver la situation des plus fragiles et de générer des effets pervers, comme l’ont montré les études sur les sanctions prévues par le \u003cem\u003eUniversal Credit\u003c/em\u003e au Royaume-Uni. Si leur impact sur l’emploi s’avère nul, elles ont pour conséquence d’accroître l’incertitude sur l’avenir (liée au risque de radiation pour des infractions mineures comme le retard à un rendez-vous) ou l’anxiété des personnes et de rendre la recherche d’emploi largement contre-productive (multiplication des candidatures, dont certaines paraissent inappropriées)\u003ca href=\"#_ftn10\" id=\"_ftnref10\"\u003e\u003csup\u003e[10]\u003c/sup\u003e\u003c/a\u003e. A contrario, plusieurs expérimentations (et assez récemment encore, en Finlande) ont bien montré qu’à montant égal, un revenu inconditionnel offrait le même niveau de retour à l’emploi qu’un revenu sous conditions, tout en renforçant de façon sensible la santé physique, mentale et sociale des bénéficiaires\u003ca href=\"#_ftn11\" id=\"_ftnref11\"\u003e[11]\u003c/a\u003e.\u003c/p\u003e\n\n\n\n\u003cp\u003eLes associations de solidarité, à l’instar du collectif ALERTE\u003ca href=\"#_ftn12\" id=\"_ftnref12\"\u003e[12]\u003c/a\u003e qui en rassemble un grand nombre ou d’ATD Quart Monde\u003ca href=\"#_ftn13\" id=\"_ftnref13\"\u003e[13]\u003c/a\u003e qui a été à l’origine de la création du Revenu minimum d’insertion (RMI), défendent l’inconditionnalité du RSA ainsi qu’un renforcement de l’accompagnement à concevoir comme un droit des allocataires. Les trois seuls départements de gauche présents dans l’expérimentation (Loire-Atlantique, Ille-et-Vilaine, Grand Lyon) ont conditionné leur participation à la préservation de leur responsabilité sur l’accompagnement et à l’absence de renforcement des sanctions\u003ca href=\"#_ftn14\" id=\"_ftnref14\"\u003e[14]\u003c/a\u003e.\u003c/p\u003e\n\n\n\n\u003cp\u003e\u003cstrong\u003eUne réforme dégénérée\u003c/strong\u003e\u003c/p\u003e\n\n\n\n\u003cp\u003eOn est bien loin de la philosophie exprimée par François Mitterrand en 1988 dans sa \u003cem\u003eLettre aux Français\u003c/em\u003e, dans laquelle il annonçait la création du RMI : «\u0026nbsp;L’important est qu’un moyen de vivre ou plutôt de survivre soit garanti à ceux qui n’ont rien\u0026nbsp;». Si dès l’origine le RMI a joué sur l’ambiguïté de l’insertion et la contractualisation associée pour obtenir une adhésion transpartisane\u003ca href=\"#_ftn15\" id=\"_ftnref15\"\u003e\u003csup\u003e[15]\u003c/sup\u003e\u003c/a\u003e, la réforme en cours est d’une autre nature. Il s’agit bien d’imposer un système de \u003cem\u003eworkfare\u003c/em\u003e dans lequel la responsabilité est individualisée et les institutions deviennent disciplinaires.\u003c/p\u003e\n\n\n\n\u003cp\u003eComme pour les retraites sur lesquelles Emmanuel\u0026nbsp;Macron envisageait une réforme de structure sous le précédent quinquennat avant de la troquer pour une réforme paramétrique se concentrant sur le recul de l’âge légal de départ, l’expérimentation du RSA conditionné confirme l’abandon du «\u0026nbsp;revenu universel d’activité\u0026nbsp;» pourtant annoncé comme une mesure phare de la stratégie pauvreté en 2018 pour fusionner l’ensemble des prestations sociales en une seule en les automatisant et les ouvrants aux jeunes. Dans le contexte du mouvement des Gilets jaunes, le fait que les simulations anticipent 3,55 millions de foyers perdants n’y est sans doute pas étranger\u003ca href=\"#_ftn16\" id=\"_ftnref16\"\u003e\u003csup\u003e[16]\u003c/sup\u003e\u003c/a\u003e. Il est en tout cas frappant qu’au cours de ce nouveau quinquennat le pouvoir mette en œuvre les réformes avortées du précédent sous une forme dégénérée.\u003c/p\u003e\n\n\n\n\u003cp\u003e\u003cstrong\u003ePour un revenu d’autonomie\u003c/strong\u003e\u003c/p\u003e\n\n\n\n\u003cp\u003eDans ces conditions, nous appelons l’ensemble des acteurs à défendre une contre-réforme, le revenu d’autonomie, qui repose sur cinq piliers\u003ca href=\"#_ftn17\" id=\"_ftnref17\"\u003e[17]\u003c/a\u003e\u0026nbsp;:\u003c/p\u003e\n\n\n\n\u003col type=\"1\"\u003e\n\u003cli\u003eL’inconditionnalité et le versement automatique pour résoudre le problème du non recours qui concerne 34% des personnes éligibles\u003ca href=\"#_ftn18\" id=\"_ftnref18\"\u003e[18]\u003c/a\u003e,\u003c/li\u003e\n\n\n\n\u003cli\u003eLe droit à l’accompagnement en rendant effectif et universel un accompagnement global sur l’ensemble du territoire\u003ca href=\"#_ftn19\" id=\"_ftnref19\"\u003e[19]\u003c/a\u003e,\u003c/li\u003e\n\n\n\n\u003cli\u003eL’ouverture aux jeunes, alors que 22,7% des 18-24 ans vivent sous le seuil de pauvreté contre 13% en moyenne pour l’ensemble de la population\u003ca href=\"#_ftn20\" id=\"_ftnref20\"\u003e[20]\u003c/a\u003e,\u003c/li\u003e\n\n\n\n\u003cli\u003eL’augmentation du RSA, qui a décroché depuis la création du RMI par rapport au salaire minimum\u003ca href=\"#_ftn21\" id=\"_ftnref21\"\u003e[21]\u003c/a\u003e,\u003c/li\u003e\n\n\n\n\u003cli\u003eLa garantie d’emploi, pour laquelle l’expérimentation des Territoires zéro chômeur de longue durée (TZCLD) pourrait être déployée.\u003c/li\u003e\n\u003c/ol\u003e\n\n\n\n\u003cp\u003eLa Première Constitution de la République, celle de l’an I, le proclamait\u0026nbsp;: «\u0026nbsp;Les secours publics sont une dette sacrée. La société doit subsistance aux citoyens malheureux, soit en leur procurant du travail, soit en assurant les moyens d’exister à ceux qui sont hors d’état de travailler\u0026nbsp;». La République sociale ne saurait conditionner un revenu de survie sans se trahir.\u003c/p\u003e\n\n\n\n\u003cp\u003eTimothée Duverger est co-directeur de l\u0026#8217;Observatoire de l’expérimentation et de l’innovation locales de la Fondation Jean Jaurès, ingénieur de recherche à Sciences Po-Bordeaux, chercheur au Centre Émile Durkheim, directeur de la chaire « Territoires de l’économie sociale et solidaire » (TerrESS).\u003c/p\u003e\n\n\n\n\u003chr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"/\u003e\n\n\n\n\u003cp\u003e\u003ca href=\"#_ftnref1\" id=\"_ftn1\"\u003e\u003csup\u003e[1]\u003c/sup\u003e\u003c/a\u003e «\u0026nbsp;La Seine-Saint-Denis refuse le RSA conditionné et fustige «\u0026nbsp;une grave entorse à notre République\u0026nbsp;»\u0026nbsp;», \u003cem\u003eLibération\u003c/em\u003e, 28 mars 2023.\u003c/p\u003e\n\n\n\n\u003cp\u003e\u003ca id=\"_ftn2\" href=\"#_ftnref2\"\u003e[2]\u003c/a\u003e Les programmes de \u003cem\u003eworkfare\u003c/em\u003e posent comme principe que les bénéficiaires de l’aide sociale doivent travailler pour toucher une allocation.\u003c/p\u003e\n\n\n\n\u003cp\u003e\u003ca href=\"#_ftnref3\" id=\"_ftn3\"\u003e\u003csup\u003e[3]\u003c/sup\u003e\u003c/a\u003e «\u0026nbsp;Emmanuel Macron veut réformer le RSA avec «\u0026nbsp;15 à 20 heures d’activité\u0026nbsp;» obligatoires par semaine\u0026nbsp;», \u003cem\u003eL’Obs\u003c/em\u003e, 17 mars 2022.\u003c/p\u003e\n\n\n\n\u003cp\u003e\u003ca href=\"#_ftnref4\" id=\"_ftn4\"\u003e[4]\u003c/a\u003e Catherine Abou el Khair, «\u0026nbsp;Départements de France exprime ses doutes sur le projet France Travail\u0026nbsp;», \u003cem\u003eLocaltis\u003c/em\u003e, 29 mars 2023.\u003c/p\u003e\n\n\n\n\u003cp\u003e\u003ca href=\"#_ftnref5\" id=\"_ftn5\"\u003e[5]\u003c/a\u003e Rouja Lazarova, «\u0026nbsp;France Travail\u0026nbsp;: les inquiétudes des missions locales\u0026nbsp;», \u003cem\u003eLa Gazette des communes\u003c/em\u003e, 3 avril 2023.\u003c/p\u003e\n\n\n\n\u003cp\u003e\u003ca href=\"#_ftnref6\" id=\"_ftn6\"\u003e[6]\u003c/a\u003e Thibaut Guilluy, \u003cem\u003eFrance Travail, une transformation profonde de notre action collective pour atteindre le plein emploi et permettre ainsi l’accès de tous à l’autonomie et à la dignité par le travail. Faisons équipe pour accompagner la réussite de toutes les personnes, de toutes les entreprises et de tous les territoires\u003c/em\u003e, Mission de préfiguration France Travail, Rapport de synthèse de la concertation, Ministère du Travail, du Plein emploi et de l’Insertion/Haut-commissaire à l’emploi et à l’engagement des entreprises, avril 2023.\u003c/p\u003e\n\n\n\n\u003cp\u003e\u003ca href=\"#_ftnref7\" id=\"_ftn7\"\u003e[7]\u003c/a\u003e Aline Gérard, entretien avec Thibaut Guilluy, «\u0026nbsp;RSA et activité obligatoire\u0026nbsp;: «\u0026nbsp;Tout travail mérite salaire. Ça ne va pas changer\u0026nbsp;», \u003cem\u003eOuest France\u003c/em\u003e, 13 mars 2020.\u003c/p\u003e\n\n\n\n\u003cp\u003e\u003ca href=\"#_ftnref8\" id=\"_ftn8\"\u003e[8]\u003c/a\u003e Thibaut Guilluy, \u003cem\u003eOp.cit.\u003c/em\u003e\u003c/p\u003e\n\n\n\n\u003cp\u003e\u003ca href=\"#_ftnref9\" id=\"_ftn9\"\u003e[9]\u003c/a\u003e Sylvain Chareyron, Rémi Le Gall et Yannick L’Horty, «\u0026nbsp;Droits et devoirs du RSA\u0026nbsp;: l’impact des contrôles sur la participation des bénéficiaires\u0026nbsp;», \u003cem\u003eRevue économique\u003c/em\u003e, Vol.73, 2022/5, p.735-759.\u003c/p\u003e\n\n\n\n\u003cp\u003e\u003ca href=\"#_ftnref10\" id=\"_ftn10\"\u003e\u003csup\u003e[10]\u003c/sup\u003e\u003c/a\u003e Economic \u0026amp; Social Research Council, \u003cem\u003eFinal findings report. Welfare Conditionality Project\u0026nbsp;: 2013-2018\u003c/em\u003e, juin 2018.\u003c/p\u003e\n\n\n\n\u003cp\u003e\u003ca href=\"#_ftnref11\" id=\"_ftn11\"\u003e[11]\u003c/a\u003e Kela, «\u0026nbsp;Results of Finland’s basic income experiment\u0026nbsp;: small employment effects, better perceived economic security and mental wellbeing\u0026nbsp;», 6 mai 2020.\u003c/p\u003e\n\n\n\n\u003cp\u003e\u003ca href=\"#_ftnref12\" id=\"_ftn12\"\u003e[12]\u003c/a\u003e Collectif ALERTE, «\u0026nbsp;France Travail\u0026nbsp;: les associations de solidarité demandent un accompagnement effectif renforcé des personnes privées d’emploi\u0026nbsp;», Communiqué de presse, 18 avril 2023.\u003c/p\u003e\n\n\n\n\u003cp\u003e\u003ca href=\"#_ftnref13\" id=\"_ftn13\"\u003e[13]\u003c/a\u003e ATD Quart-Monde, «\u0026nbsp;France Travail\u0026nbsp;: un rapport qui confirme les inquiétudes d’ATD Quart Monde\u0026nbsp;», Communiqué de presse, 20 avril 2023.\u003c/p\u003e\n\n\n\n\u003cp\u003e\u003ca href=\"#_ftnref14\" id=\"_ftn14\"\u003e[14]\u003c/a\u003e Métropole de Lyon, Département d’Ille-et-Vilaine et Département de Loire-Atlantique, «\u0026nbsp;Opposés au RSA sous condition, nous défendons le droit à un meilleur accompagnement\u0026nbsp;», communiqué de presse du 24 avril 2023.\u003c/p\u003e\n\n\n\n\u003cp\u003e\u003ca href=\"#_ftnref15\" id=\"_ftn15\"\u003e\u003csup\u003e[15]\u003c/sup\u003e\u003c/a\u003e Nicolas Duvoux, «\u0026nbsp;Trente ans de RMI. La réforme perpétuelle de l’assistance sociale\u0026nbsp;», \u003cem\u003eLa vie des idées\u003c/em\u003e, 27 novembre 2018.\u003c/p\u003e\n\n\n\n\u003cp\u003e\u003ca href=\"#_ftnref16\" id=\"_ftn16\"\u003e\u003csup\u003e[16]\u003c/sup\u003e\u003c/a\u003e Sarah Belouezzane et Bertrand Bissuel, «\u0026nbsp;Allocation sociale unique\u0026nbsp;: qui seraient les perdants et les gagnants\u0026nbsp;?\u0026nbsp;», \u003cem\u003eLe Monde\u003c/em\u003e, 2 août 2018.\u003c/p\u003e\n\n\n\n\u003cp\u003e\u003ca href=\"#_ftnref17\" id=\"_ftn17\"\u003e[17]\u003c/a\u003e Timothée Duverger et Thierry Germain, «\u0026nbsp;Revenu d’autonomie\u0026nbsp;: faire le choix d’un autre modèle\u0026nbsp;!\u0026nbsp;», \u003cem\u003eNote\u003c/em\u003e, Fondation Jean-Jaurès, 12 avril 2023.\u003c/p\u003e\n\n\n\n\u003cp\u003e\u003ca href=\"#_ftnref18\" id=\"_ftn18\"\u003e[18]\u003c/a\u003e Cyrine Hannafi \u003cem\u003eet al.\u003c/em\u003e, \u003cem\u003eMesurer régulièrement le non-recours au RSA et à la prime d’activité\u0026nbsp;: méthode et résultats\u003c/em\u003e, Les dossiers de la DREES, n°92, février 2022.\u003c/p\u003e\n\n\n\n\u003cp\u003e\u003ca href=\"#_ftnref19\" id=\"_ftn19\"\u003e[19]\u003c/a\u003e CNLE, \u003cem\u003eAccompagnement vers l’insertion sociale et professionnelle\u003c/em\u003e, Avis, février 2022.\u003c/p\u003e\n\n\n\n\u003cp\u003e\u003ca href=\"#_ftnref20\" id=\"_ftn20\"\u003e[20]\u003c/a\u003e Jean-Luc Tavernier (dir.), \u003cem\u003eRevenus et patrimoines des ménages\u003c/em\u003e, Insee Références, 2021.\u003c/p\u003e\n\n\n\n\u003cp\u003e\u003ca href=\"#_ftnref21\" id=\"_ftn21\"\u003e[21]\u003c/a\u003e ATD Quart Monde, \u003cem\u003eEvaluation participative du revenu de solidarité active (RSA)\u003c/em\u003e, Rapport d’ATD Quart Monde à destination de la Cour des Comptes, janvier 2021.\u003c/p\u003e\n","author":{"node":{"id":"dXNlcjoyMjA1MDcwNTI="}}}]}},"posts":[{"id":"cG9zdDoyMzE5","title":"De la démocratie dans le travail pour sauver la démocratie","uri":"/2024/02/29/de-la-democratie-dans-le-travail-pour-sauver-la-democratie/","date":"2024-02-29T23:20:54","categories":{"nodes":[{"name":"Agir dans et pour une économie plurielle","slug":"agir-dans-et-pour-une-economie-plurielle"}]},"slug":"de-la-democratie-dans-le-travail-pour-sauver-la-democratie","content":"\n\u003cfigure class=\"wp-block-image size-large\"\u003e\u003cimg decoding=\"async\" src=\"https://i0.wp.com/www.babelio.com/couv/CVT_Le-mal-travail-un-choix-francais--comment-en-sort_1827.jpg?ssl=1\" alt=\"\" data-recalc-dims=\"1\"/\u003e\u003c/figure\u003e\n\n\n\n\u003cp\u003eCe titre est la dernière phrase du livre de \u003cstrong\u003eFrançois Ruffin\u003c/strong\u003e\u0026nbsp;: «\u0026nbsp;Mal travail \u0026#8211; Le choix des élites\u0026nbsp;». Il résume bien l’essentiel du message de deux autres livres récemment parus\u0026nbsp;: celui de \u003cstrong\u003eLaurent Berger\u003c/strong\u003e\u0026nbsp;:\u0026nbsp;\u003cem\u003eDu mépris à la colère – Essai sur la France au travail\u003c/em\u003e et celui de \u003cstrong\u003ePaul Magnette\u003c/strong\u003e\u0026nbsp;:\u0026nbsp;\u003cem\u003eL’autre moitié du monde – Essai sur le sens et la valeur du travail\u003c/em\u003e.\u003c/p\u003e\n\n\n\n\u003cp\u003eF.Ruffin est député de la Somme, Laurent Berger était secrétaire général de la CFDT de 2012 jusqu’au mois de juin 2023, Paul Magnette est professeur de théorie politique et président du Parti socialiste belge. La parution coup sur coup de ces trois livres sur le travail doit attirer notre attention. Le titre de cet article est une tentative de réponse à cette phrase de Jean-Jaurès «\u0026nbsp;La Révolution a fait du Français un roi dans la cité et l’a laissé serf dans l’entreprise\u0026nbsp;».\u003c/p\u003e\n\n\n\n\u003cp\u003eLe travail, écrit Laurent Berger, représente un enjeu démocratique fondamental. Et \u003cstrong\u003e«\u0026nbsp;à l’inverse le chômage, la précarité, le mépris, les bas salaires créent du ressentiment – une tendance sur laquelle l’extrême droite progresse allégrement\u0026nbsp;» \u003c/strong\u003e\u003ca href=\"#_ftn1\" id=\"_ftnref1\"\u003e[1]\u003c/a\u003e.\u0026nbsp;\u003c/p\u003e\n\n\n\n\u003cp\u003eLe titre du livre de Paul Magnette\u0026nbsp;\u003cem\u003eL’autre moitié du monde\u003c/em\u003e vient d’une citation du Pantagruel de François Rabelais\u0026nbsp;: «\u0026nbsp;…il est bien vrai ce que l’on dit, que la moitié du monde ne sait comment l’autre vit ». Ce qui est sans doute notre cas en tant que lecteur de la lettre de l’ECCAP. Nous qui avons applaudi les premiers de corvée lors de l’épidémie du Covid sans connaître le plus souvent leurs véritables conditions de travail. D’où l’intérêt de lire ces trois livres qui nous parlent des conditions de travail.\u003c/p\u003e\n\n\n\n\u003cp\u003eL.Berger secrétaire général, allait chaque semaine à la rencontre des salariés d’une entreprise pour discuter, écouter.\u0026nbsp; Et ce qu’il entendait d’abord c’était \u003cstrong\u003ela fierté\u003c/strong\u003e du travail réalisé quelle que soit sa diversité. Mais souvent s’exprimait l’absence de reconnaissance des compétences et du désir de bien faire son boulot. L.Berger écrit\u0026nbsp;: Dans le débat public, le travail est un «\u0026nbsp;sujet extraordinairement mal traité\u0026nbsp;». Pourtant comme le souligne Paul Magnette, qui cite souvent dans son livre la philosophe Simone Weil\u0026nbsp;: «\u0026nbsp;On a toujours besoin pour soi-même de signes extérieurs de sa propre valeur\u0026nbsp;».\u003c/p\u003e\n\n\n\n\u003cp\u003eLe livre de François Ruffin abonde de rencontres avec des travailleurs qui relatent leurs expériences. Citons le cas de Valérie, trente ans de caisse chez Continent devenu Carrefour qui dit\u0026nbsp;:\u0026nbsp;«\u0026nbsp;ça peut vous paraître bizarre, mais mon métier de caissière, je l’aimais bien.\u0026nbsp;». Mais l’obligation de s’en tenir avec le client à SBAM, c’est-à-dire\u0026nbsp;:\u0026nbsp;«\u0026nbsp;Sourire- bonjour-au revoir-merci\u0026nbsp;»\u0026nbsp;; ou avoir entendu un jour le chef dire à un client\u0026nbsp;: «\u0026nbsp;C’est terminé, les caissières ne parlent plus à personne\u0026nbsp;» l’a fait craquer, perdre l’envie.\u003c/p\u003e\n\n\n\n\u003ch2 class=\"wp-block-heading\"\u003eUn mal français\u003c/h2\u003e\n\n\n\n\u003cp\u003eCinquante et un pour cent des salariés en France ont le sentiment de pouvoir influencer les décisions importantes de l’entreprise qui les concernent contre 85% dans les pays scandinaves\u003ca href=\"#_ftn2\" id=\"_ftnref2\"\u003e[2]\u003c/a\u003e. «\u0026nbsp;Sur le travail, dans toutes les enquêtes européennes, la France est distancée par les voisins qui lui ressemblent, au profil social et économique proche\u0026nbsp;»\u003ca href=\"#_ftn3\" id=\"_ftnref3\"\u003e[3]\u003c/a\u003e. Pour ne prendre qu’un exemple parmi bien d’autres\u0026nbsp;: en France il y a 4,5 accidents mortels au travail pour 100.000 salariés par an, c’est-à-dire que parmi une vingtaine d’autres pays, seules la Lituanie, Malte et la Lettonie ont de plus mauvais résultats que nous. La sociologue Marie-Jeanne Dujarier propose un néologisme\u0026nbsp;: les «\u0026nbsp;planneurs\u0026nbsp;» pour qualifier ces concepteurs de dispositifs qui précisent règles et process qui s’imposent aux exécutants sans avoir eux-mêmes expérimentés. Et l’article d’Alternatives Économiques \u003cem\u003eEnquête sur le management \u0026nbsp;à la française\u003c/em\u003e\u0026nbsp;le caractérise comme «\u0026nbsp;autoritaire, technocratique, vertical\u0026nbsp;». Alors que chez tous les salariés, «\u0026nbsp;on entend désormais la même aspiration à la reconnaissance, à l’autonomie, au respect, la même volonté de pouvoir s’exprimer sur son travail, d’être écouté\u0026nbsp;»\u003ca href=\"#_ftn4\" id=\"_ftnref4\"\u003e[4]\u003c/a\u003e.\u003c/p\u003e\n\n\n\n\u003chr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"/\u003e\n\n\n\n\u003cp\u003e\u003ca href=\"#_ftnref1\" id=\"_ftn1\"\u003e[1]\u003c/a\u003e «\u0026nbsp;Que sait-on du travail\u0026nbsp;?\u0026nbsp;» rassemble 37 contributions de 60 chercheurs. Bruno Palier, qui a rédigé l’introduction, a été auditionné et a déclaré\u0026nbsp;: «\u0026nbsp;«\u0026nbsp;Le ressentiment privé, dans l’entreprise, lorsqu’on s’y trouve maltraité, méprisé, rejaillit en ressentiment public, où l’on subit des dirigeants le même mépris. C’est manifestement un ressort, sinon un moteur du vote RN.\u0026nbsp;»\u003c/p\u003e\n\n\n\n\u003cp\u003e\u003ca href=\"#_ftnref2\" id=\"_ftn2\"\u003e[2]\u003c/a\u003e Voir Alternatives économiques, février 2024, page 29.\u003c/p\u003e\n\n\n\n\u003cp\u003e\u003ca href=\"#_ftnref3\" id=\"_ftn3\"\u003e[3]\u003c/a\u003e Livre de F.Ruffin, p.40.\u003c/p\u003e\n\n\n\n\u003cp\u003e\u003ca href=\"#_ftnref4\" id=\"_ftn4\"\u003e[4]\u003c/a\u003e Livre de Laurent Berger, p.25.\u003c/p\u003e\n","author":{"node":{"id":"dXNlcjoyMjA1MDcwMjQ="}}},{"id":"cG9zdDoyMjYy","title":"S’opposer en proposant, sur toutes les grandes questions politiques","uri":"/2024/02/02/sopposer-en-proposant-sur-toutes-les-grandes-questions-politiques/","date":"2024-02-02T10:47:33","categories":{"nodes":[{"name":"Agir dans et pour une économie plurielle","slug":"agir-dans-et-pour-une-economie-plurielle"},{"name":"Une démocratie pour vivre ensemble","slug":"une-democratie-pour-vivre-ensemble"}]},"slug":"sopposer-en-proposant-sur-toutes-les-grandes-questions-politiques","content":"\n\u003cfigure class=\"wp-block-image size-full\"\u003e\u003cimg loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"380\" height=\"380\" data-attachment-id=\"2276\" data-permalink=\"https://changement-de-cap.fr/2024/02/02/sopposer-en-proposant-sur-toutes-les-grandes-questions-politiques/creer-1/\" data-orig-file=\"https://i0.wp.com/changement-de-cap.fr/wp-content/uploads/2024/02/creer-1.webp?fit=380%2C380\u0026amp;ssl=1\" data-orig-size=\"380,380\" data-comments-opened=\"1\" data-image-meta=\"{\u0026quot;aperture\u0026quot;:\u0026quot;0\u0026quot;,\u0026quot;credit\u0026quot;:\u0026quot;\u0026quot;,\u0026quot;camera\u0026quot;:\u0026quot;\u0026quot;,\u0026quot;caption\u0026quot;:\u0026quot;\u0026quot;,\u0026quot;created_timestamp\u0026quot;:\u0026quot;0\u0026quot;,\u0026quot;copyright\u0026quot;:\u0026quot;\u0026quot;,\u0026quot;focal_length\u0026quot;:\u0026quot;0\u0026quot;,\u0026quot;iso\u0026quot;:\u0026quot;0\u0026quot;,\u0026quot;shutter_speed\u0026quot;:\u0026quot;0\u0026quot;,\u0026quot;title\u0026quot;:\u0026quot;\u0026quot;,\u0026quot;orientation\u0026quot;:\u0026quot;0\u0026quot;}\" data-image-title=\"creer-1\" data-image-description=\"\" data-image-caption=\"\" data-medium-file=\"https://i0.wp.com/changement-de-cap.fr/wp-content/uploads/2024/02/creer-1.webp?fit=300%2C300\u0026amp;ssl=1\" data-large-file=\"https://i0.wp.com/changement-de-cap.fr/wp-content/uploads/2024/02/creer-1.webp?fit=380%2C380\u0026amp;ssl=1\" src=\"https://i0.wp.com/changement-de-cap.fr/wp-content/uploads/2024/02/creer-1.webp?resize=380%2C380\u0026#038;ssl=1\" alt=\"\" class=\"wp-image-2276\" srcset=\"https://i0.wp.com/changement-de-cap.fr/wp-content/uploads/2024/02/creer-1.webp?w=380\u0026amp;ssl=1 380w, https://i0.wp.com/changement-de-cap.fr/wp-content/uploads/2024/02/creer-1.webp?resize=300%2C300\u0026amp;ssl=1 300w, https://i0.wp.com/changement-de-cap.fr/wp-content/uploads/2024/02/creer-1.webp?resize=150%2C150\u0026amp;ssl=1 150w, https://i0.wp.com/changement-de-cap.fr/wp-content/uploads/2024/02/creer-1.webp?resize=200%2C200\u0026amp;ssl=1 200w\" sizes=\"(max-width: 380px) 100vw, 380px\" data-recalc-dims=\"1\" /\u003e\u003c/figure\u003e\n\n\n\n\u003cp\u003eDans deux articles précédents de l’ECCAP (\u003ca href=\"https://www.eccap.fr/article/non-au-defaitisme-une-autre-campagne-a-imaginer-ensemble-vers-une-democratie-continue\"\u003eNon au défaitisme\u003c/a\u003e et \u003ca href=\"https://www.eccap.fr/article/en-2024-construire-un-levier-de-transformation-pour-construire-un-chemin-en-commun\"\u003eTisser des liens\u003c/a\u003e) Pierre-Alain Cardona a exposé les conditions à remplir pour aboutir à une démocratie continue et renouvelée\u0026nbsp;: des liens au plan local entre les nombreuses initiatives actives et favorables à un changement de cap. Dans \u003ca href=\"https://www.eccap.fr/article/des-confluences-en-mouvement-catalyser-vers-des-mesures-basculantes\"\u003eun autre article\u003c/a\u003e, Pierre-Alain Cardona nous tient au courant des avancées de cette mise en relation de réseaux, suite à la réunion du 27 janvier 2024 à Paris, pour poursuivre ce tissage de liens entre actions diverses qui contribuent à un changement de cap. \u003cstrong\u003eMais encore faut-il que les partis politiques prennent le relais\u003c/strong\u003e pour contribuer à modifier les règlements, les lois et les institutions. Or aujourd’hui, comme l’écrit Agathe Cagé\u0026nbsp;dans un article d’\u003cem\u003eAOC\u003c/em\u003e :\u003c/p\u003e\n\n\n\n\u003cp\u003e«\u0026nbsp;\u003cem\u003eLes partis de gauche, quant à eux, paraissent avant tout focalisés… sur la promotion de leurs dissensions et de leurs désaccords. Ils font passer au deuxième plan l’opposition aux politiques portées par le gouvernement, et au troisième plan la mise en chantier de l’élaboration d’un projet solide et ambitieux à soumettre aux électrices et aux électeurs.\u0026nbsp;»\u003c/em\u003e\u003c/p\u003e\n\n\n\n\u003cp\u003eAlors que François Dubet dans un autre article d’\u003cem\u003eAOC\u003c/em\u003e souligne\u003cem\u003e\u0026nbsp;: « il est plus que temps pour la gauche, et sur toutes les grandes questions politiques, de s’opposer en proposant\u0026nbsp;\u003c/em\u003e», car \u003cstrong\u003eon a bien du mal à savoir ce qu’elle ferait si elle arrivait au pouvoir.\u003c/strong\u003e \u003c/p\u003e\n\n\n\n\u003cp\u003eAuparavant cette gauche était portée par un courant de pensée favorable aux progrès social, scientifique et technique\u003cem\u003e, \u003c/em\u003emais François Dubet écrit\u0026nbsp;: \u003cem\u003e« Les dégâts du progrès paraissent l’avoir emporté sur ses bénéfices et les lendemains qui chantent se sont plus encore éloignés. La destruction de la planète et la mondialisation donnent le sentiment de vivre dans un monde dangereux\u0026nbsp;».\u0026nbsp;\u003c/em\u003e\u003c/p\u003e\n\n\n\n\u003cp\u003eJusqu’à présent l’orientation de l’Europe a été favorable à la mondialisation\u0026nbsp;; son obsession en faveur de la concurrence, de l’ouverture des marchés, de la limitation des déficits publics a entraîné une «\u0026nbsp;hécatombe\u0026nbsp;» industrielle\u003ca href=\"#_ftn1\" id=\"_ftnref1\"\u003e[1]\u003c/a\u003e et contribué, lors des élections, à une augmentation des abstentions et au vote en faveur de Marine Le Pen.\u003c/p\u003e\n\n\n\n\u003cp\u003e\u003cstrong\u003eRemettre au cœur de la politique la question du travail\u003c/strong\u003e\u003c/p\u003e\n\n\n\n\u003cp\u003eParmi tous les sujets qu’il faudrait aborder pour un véritable changement de cap, la question du travail devrait avoir une place centrale. Concernant les accidents du travail en 2019, il y en a eu 783.600 dont 780 ont été mortels, ce qui donne un ratio de 3,5 accidents mortels pour 100.000 salariés, soit le double de la moyenne européenne. En rapportant le nombre de décès au nombre de travailleurs, nous obtenons un ratio de 3,5 accidents mortels pour 100 000 salariés. En comparant aux résultats des autres pays européens, nous dépassons le double de la moyenne européenne (1,7). Cela fait de la France, le pays européen ayant le plus fort ratio de décès du travail d\u0026#8217;Europe. La suppression du CHSCT (Comité d’hygiène et de sécurité et des conditions de travail) en 2020 sous prétexte de simplification\u003ca href=\"#_ftn2\" id=\"_ftnref2\"\u003e[2]\u003c/a\u003ea été une catastrophe.\u003c/p\u003e\n\n\n\n\u003cp\u003eLaurent Berger, qui a été secrétaire général de la CFDT depuis 2012 et qui a quitté ses fonctions à la fin du mois de juin 2023, a écrit un livre intitulé \u003cem\u003eDu mépris à la colère. Essai sur la France au travail\u003c/em\u003e en mai 2023. Il écrit\u0026nbsp;:\u003c/p\u003e\n\n\n\n\u003cp\u003e«\u0026nbsp;\u003cem\u003enous devons imposer un cadre politique qui mette ce sujet capital à sa juste place… Il faut redonner de la place au travail dans l’espace démocratique\u003c/em\u003e\u0026nbsp;» (p.113).\u003c/p\u003e\n\n\n\n\u003cp\u003eIl déplore que les politiques soient passés à côté (p.73). Paul Magnette, président du Parti socialiste belge fait exception. Il a écrit en janvier 2024 :\u0026nbsp;\u003cem\u003eL’autre moitié du monde. Essai sur le sens et la valeur du travail\u003c/em\u003e\u003ca href=\"#_ftn3\" id=\"_ftnref3\"\u003e[3]\u003c/a\u003e.\u003c/p\u003e\n\n\n\n\u003cp\u003eNos politiques feraient bien de s’inspirer de ces deux livres.\u003c/p\u003e\n\n\n\n\u003chr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"/\u003e\n\n\n\n\u003cp\u003e\u003ca href=\"#_ftnref1\" id=\"_ftn1\"\u003e[1]\u003c/a\u003e Voir F.Ruffin «\u0026nbsp;Je vous écris du front de la Somme\u0026nbsp;», Ed. Les liens qui libèrent, sept. 2022,\u0026nbsp; p.35.\u0026nbsp;; voir aussi l’interview de Paul Magnette à France-Inter le 9 janvier 2024.\u003c/p\u003e\n\n\n\n\u003cp\u003e\u003ca href=\"#_ftnref2\" id=\"_ftn2\"\u003e[2]\u003c/a\u003e Voir l’interview de Sophie Binet Secrétaire générale de la CGT et du Président de la FE/CGC à Mediapart.\u003c/p\u003e\n\n\n\n\u003cp\u003e\u003ca href=\"#_ftnref3\" id=\"_ftn3\"\u003e[3]\u003c/a\u003e Voir son interview à France Inter le 9 janvier 2024.\u003c/p\u003e\n","author":{"node":{"id":"dXNlcjoyMjA1MDcwMjQ="}}},{"id":"cG9zdDoyMDI2","title":"VIVRE EN ÉCONOMIE STATIONNAIRE","uri":"/2023/09/01/vivre-en-economie-stationnaire/","date":"2023-09-01T12:37:30","categories":{"nodes":[{"name":"Agir dans et pour une économie plurielle","slug":"agir-dans-et-pour-une-economie-plurielle"},{"name":"Une autre économie","slug":"une-autre-economie"}]},"slug":"vivre-en-economie-stationnaire","content":"\n\u003cfigure class=\"wp-block-image size-large\"\u003e\u003cimg decoding=\"async\" src=\"https://i0.wp.com/reporterre.net/IMG/jpg/decroissance_coutrot_v_1.jpg?ssl=1\" alt=\"\" data-recalc-dims=\"1\"/\u003e\u003c/figure\u003e\n\n\n\n\u003cp\u003eCe texte est le résumé d’un article à paraître dans le numéro 62 de la revue du Mauss (datée du mois d’octobre 2023).  Il critique le paradigme d’une croissance illimitée et propose d’y substituer l’hypothèse d’une économie stationnaire comme cadre de nos politiques économiques.\u003c/p\u003e\n\n\n\n\u003cp\u003eDepuis près de vingt ans, l’horizon d’un retour d’une croissance soutenue semble s’éloigner à mesure que le temps passe. De fait, cette ambition parait relever d’une grave erreur d’analyse basée sur l’hypothèse que la croissance est la situation naturelle de l’économie alors qu’une observation objective des faits montre que l’imaginaire d’une croissance illimitée est en train de se dissoudre. Depuis la fin des années soixante, le taux de croissance (en moyenne décennale) perd un point tous les 10 ans. Et cette décélération marquée s’est faite en dépit d’un expansionnisme monétaire jamais vu hors période de guerre. Cette évolution n’est pas surprenante au regard des principaux facteurs de croissance. Pour simplifier, la production peut croître pour trois raisons principales : la croissance de la population active, les gains de productivité et la vitesse de circulation des flux de toutes natures (physiques, financiers, humains). Ces trois moteurs sont en train de s’essouffler. Dans tous les pays développés, la population vieillit, pendant que la productivité diminue conformément aux thèses de Robert Solow\u003ca href=\"#_ftn1\" id=\"_ftnref1\"\u003e[1]\u003c/a\u003e et de Robert Gordon\u003ca href=\"#_ftn2\" id=\"_ftnref2\"\u003e[2]\u003c/a\u003e enfin l’accélération des flux se heurte à des limites aussi bien physiques que monétaires.\u003c/p\u003e\n\n\n\n\u003cp\u003eMais cette perspective est-elle inquiétante ou rassurante à l’heure où la question du franchissement d’un certain nombre de limites planétaires se pose avec de plus en plus d’insistance\u0026nbsp;? Existe-t-il un autre état que l’état de croissance\u0026nbsp;? Pour répondre à ces questions essentielles, il faut revenir aux origines de l’économie politique.\u003c/p\u003e\n\n\n\n\u003cp\u003eSi Adam Smith dans la \u003cem\u003eRichesse des Nations \u003c/em\u003eintroduit le concept d’état stationnaire, c’est David Ricardo qui va contribuer de manière importante à la réflexion sur la finitude de la croissance et sur la perspective d’un état stationnaire comme horizon naturel de l’économie. John Stuart Mill va approfondir ce concept en mettant en évidence que cet état est l’horizon logique des pays ayant atteint un niveau de richesse suffisant et qu’il n’implique pas l’immobilité du progrès humain. Il faudra attendre 1972 et le Rapport Meadows, pour que soit mis en lumière l\u0026#8217;impossibilité pour les ressources naturelles de se régénérer aussi vite que la croissance économique l\u0026#8217;exige. C’est dans ces mêmes années que va s’exprimer le plus radicalement la critique du principe d’une société de surconsommation de plus en plus poussée par la technique, critique portée par Jacques Ellul, Ivan Illich ou encore André Gorz. Pour ces auteurs, cette croissance économique est basée sur une forme d’insatisfaction perpétuelle qui, pour être dépassée impose une production infinie ce qui engendre toujours plus de pénuries, d’inégalités et de frustrations qu’elle ne satisfait de besoins. Avec la révolution néolibérale des années 1980 et plus encore avec l’avènement du technocapitalisme dix ans plus tard, la croyance en une croissance joyeuse et inclusive reprend le dessus et ce concept d’état stationnaire va tomber dans l’oubli. Oubli dont l’économiste américain Nicholas Georgescu-Roegen essaya de l’en sortir en montrant que si l’énergie joue un rôle central dans la croissance, elle aussi subit l’implacable loi des rendements décroissants. Mais ces critiques ne pesèrent que de peu de poids face à la puissance du paradigme de \u003cem\u003ela destruction créatrice\u003c/em\u003e cher à Joseph A. Schumpeter dont la synthèse proposée par Philippe Aghion incarne la vision la plus pure\u003ca href=\"#_ftn3\" id=\"_ftnref3\"\u003e[3]\u003c/a\u003e. Aux interrogations des économistes classiques et plus récemment de l’économie écologique, la pensée économique dominante répond par l’innovation et l’amélioration du fonctionnement des marchés pour valoriser les externalités négatives de la croissance. Mais, elle n’émet en aucune façon le moindre doute sur le concept de croissance illimitée. C’est pourquoi elle paraît bien pauvre pour nous aider à imaginer ce que pourrait être nos vies dans un état stationnaire, état dont la probabilité d’occurrence augmente.\u003c/p\u003e\n\n\n\n\u003cp\u003eSi tout nous indique que nos politiques publiques devront s’inscrire dans un contexte de croissance faible sur le long terme, la question est alors de savoir quelles sont les conséquences économiques et sociales à tirer de cette perspective «\u0026nbsp;révolutionnaire\u0026nbsp;» qu’est celle d’une économie stationnaire\u0026nbsp;? La période de la Renaissance montre que cet état économique n’est pas synonyme d’immobilisme. Dans une économie stationnaire, la société peut continuer à se transformer, à évoluer, à redistribuer les richesses, à créer des emplois, à inventer de nouvelles libertés, etc. La seule dimension qui est quasi stable est sa métrique (le PIB). Penser de nouvelles politiques publiques impose d’être convaincu qu’un état stationnaire n’est pas obligatoirement synonyme d’immobilisme et encore moins de retour à l’âge de pierre. Compte tenu des forces à l’œuvre (démographie, productivité et décélération généralisée), nous pensons que la question n’est plus d’être «\u0026nbsp;pour\u0026nbsp;» ou «\u0026nbsp;contre\u0026nbsp;» la croissance mais celle des politiques économiques qui permettront un atterrissage en douceur dans cet état stationnaire. En particulier lors de la phase critique qui interviendra lorsque les investissements nécessaires à la transformation de nos économies et de nos infrastructures apporteront leurs effets positifs en matière de réduction de la consommation dans les secteurs de l’énergie, des transports, des équipements industriels, etc\u003ca href=\"#_ftn4\" id=\"_ftnref4\"\u003e[4]\u003c/a\u003e. La question des revenus et de l’emploi sera au centre des grands défis macroéconomiques qui se présenteront. Au-delà du transfert de l’emploi d’un secteur à un autre, il nous paraît important de souligner qu’adopter un mode de vie plus sobre, plus proche, plus convivial supposera de revoir notre rapport au temps. C’est dans cette perspective que l’étude de Gardes et Alpman doit être considérée\u003ca href=\"#_ftn5\" id=\"_ftnref5\"\u003e[5]\u003c/a\u003e. Cette étude économétrique montre comment les ménages américains ont fait évoluer leurs choix temporels en période d’expansion et de récession et comment la valeur monétaire du \u003cem\u003etemps utile\u003c/em\u003e (temps potentiellement utilisable pour d’autres activité que travail et loisir) a varié sur la même période. En particulier, les auteurs montrent que, en période de récession, de nombreuses heures de travail marchand deviennent disponibles, et que le choix de les transférer sur du \u003cem\u003etemps utile\u003c/em\u003e (production domestique en particulier) peut compenser une partie significative (voire totale) des pertes de revenu\u003ca href=\"#_ftn6\" id=\"_ftnref6\"\u003e[6]\u003c/a\u003e. Par ailleurs, transformer nos systèmes productifs ne se fera pas spontanément ni facilement. Il sera nécessaire de proposer un cadre méthodologique adapté pour faire émerger de nouveaux modèles d’innovation. En la matière, les outils de l’analyse mésoéconomique qui perçoit l’espace comme un élément actif du processus d’innovation ouvrent de grandes perspectives. En particulier, les travaux portant sur ce que l’économie spatiale nomme les \u003cem\u003emilieux innovateurs\u003c/em\u003e forment un cadre local d’organisation puissant\u003ca href=\"#_ftn7\" id=\"_ftnref7\"\u003e[7]\u003c/a\u003e.\u0026nbsp; Le \u003cem\u003emilieu innovateur \u003c/em\u003edésigne un construit social situé (un territoire) dans lequel des acteurs vont interagir et s’organiser pour construire de nouvelles ressources nécessaires au processus d’innovation. C’est pourquoi, au cœur des nouvelles politiques économiques qui seront mises en œuvre se trouveront des projets de territoire capables de créer des écosystèmes économiques organisés pour concilier efficacité économique, performance sociale et équilibre écologique.\u003c/p\u003e\n\n\n\n\u003cp\u003eDepuis un siècle, la pensée économique aura structuré non seulement « l\u0026#8217;économie », mais l\u0026#8217;ensemble des activités sociales au point de constituer une norme de vie dans les sociétés occidentales. Surtout, elle se sera structurée autour de la vision d’un homme raisonnable et calculateur : \u003cem\u003el’homo œconomicus\u003c/em\u003e. Une transformation aussi majeure que celle du passage d’une société de croissance à un état stationnaire devra nécessairement s’appuyer sur un nouveau paradigme anthropologique. Dans cette perspective, pensé en termes philosophiques le concept de décroissance peut fournir une aide puissante. Si notre société de la démesure a besoin de transformer l’individu en consommateur éternellement insatisfait, esclave de ses pulsions et de ses frustrations\u003ca id=\"_ftnref8\" href=\"#_ftn8\"\u003e[8]\u003c/a\u003e, à l’inverse, la philosophie de la décroissance montre que la tempérance et la confiance en la capacité de l’individu à limiter ses désirs peut être source de bien-être. C’est d’abord une éthique de vie qui tourne le dos à la démesure et propose une nouvelle liberté, une nouvelle convivialité. Alors que la société de la surconsommation est un choix piloté par l’économie, la société décroissante est un choix philosophique fondamental qui nous propose de retrouver le chemin d’une vie autonome. Nous voyons alors se dessiner une alliance entre une économie post-croissance et un projet anthropologique ouvrant la voie à une nouvelle grande phase de progrès. Ainsi, économie stationnaire et décroissance sont deux projets complémentaires qui ne se situent pas au même niveau. Le premier est encastré dans le second et l’un a besoin de l’autre. Alors que l’anthropologie de la croissance illimitée voit un sujet individualiste et frustré, une société stationnaire répond aux attentes d’un \u003cem\u003ehomo frugaliter\u003c/em\u003e à la recherche d’autonomie et de convivialité\u003ca id=\"_ftnref9\" href=\"#_ftn9\"\u003e[9]\u003c/a\u003e.\u003c/p\u003e\n\n\n\n\u003chr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"/\u003e\n\n\n\n\u003cp\u003e\u003ca href=\"#_ftnref1\" id=\"_ftn1\"\u003e[1]\u003c/a\u003e Solow R. 1956. A contribution to the Theory of Economic Growth, \u003cem\u003eThe quarterly Journal of Economics, vol. 70\u003c/em\u003e\u003c/p\u003e\n\n\n\n\u003cp\u003e\u003ca href=\"#_ftnref2\" id=\"_ftn2\"\u003e[2]\u003c/a\u003e Gordon R.J., 2016. \u003cem\u003eThe Rise and Fall of American Growth. The U.S. Standard of Living since the Civil War\u003c/em\u003e, Princeton, Princeton University Press\u003c/p\u003e\n\n\n\n\u003cp\u003e\u003ca href=\"#_ftnref3\" id=\"_ftn3\"\u003e[3]\u003c/a\u003e Aghion P., Antonin C., Bunel S. \u003cem\u003eLe pouvoir de la destruction créatrice, \u003c/em\u003eOdile Jacob, 2020\u003c/p\u003e\n\n\n\n\u003cp\u003e\u003ca href=\"#_ftnref4\" id=\"_ftn4\"\u003e[4]\u003c/a\u003e Cahen-Fourot L. et Monserand A. La macroéconomie de la post croissance, \u003cem\u003eL’économie politique (N°98), \u003c/em\u003e2023\u003c/p\u003e\n\n\n\n\u003cp\u003e\u003ca href=\"#_ftnref5\" id=\"_ftn5\"\u003e[5]\u003c/a\u003e Gardes F., Alpman A. Il est temps d’analyser la loi d’Okun et le bien-être des ménages en termes de production domestique \u003cem\u003eRevue économique – vol. 71, n° 6, novembre 2020.\u003c/em\u003e\u003c/p\u003e\n\n\n\n\u003cp\u003e\u003ca href=\"#_ftnref6\" id=\"_ftn6\"\u003e[6]\u003c/a\u003e Voir aussi sur ce sujet l’article de Bruno Théret\u0026nbsp;: \u003cem\u003eDévelopper l’activité citoyenne en réduisant le temps de travail\u003c/em\u003e, Eccap 01/12/2022\u003c/p\u003e\n\n\n\n\u003cp\u003e\u003ca href=\"#_ftnref7\" id=\"_ftn7\"\u003e[7]\u003c/a\u003e Aydalot P. \u003cem\u003eMilieux innovateurs en Europe\u003c/em\u003e, GREMI 1986\u003c/p\u003e\n\n\n\n\u003cp\u003e\u003ca href=\"#_ftnref8\" id=\"_ftn8\"\u003e[8]\u003c/a\u003e \u003ca href=\"https://www.youtube.com/watch?v=pGAbVOCKdsY\"\u003ehttps://www.youtube.com/watch?v=pGAbVOCKdsY\u003c/a\u003e\u003c/p\u003e\n\n\n\n\u003cp\u003e\u003ca href=\"#_ftnref9\" id=\"_ftn9\"\u003e[9]\u003c/a\u003e \u003ca href=\"https://www.youtube.com/watch?v=tFIaQg-zzF8\" rel=\"nofollow\"\u003ehttps://www.youtube.com/watch?v=tFIaQg-zzF8\u003c/a\u003e\u003c/p\u003e\n","author":{"node":{"id":"dXNlcjoyMjA1MDY5ODE="}}},{"id":"cG9zdDoxOTk3","title":"1 milliard et moi, et moi et moi…des alliances essentielles pour bifurquer !","uri":"/2023/07/14/1-milliard-et-moi-et-moi-et-moides-alliances-essentielles-pour-bifurquer/","date":"2023-07-14T21:45:36","categories":{"nodes":[{"name":"Agir dans et pour une économie plurielle","slug":"agir-dans-et-pour-une-economie-plurielle"}]},"slug":"1-milliard-et-moi-et-moi-et-moides-alliances-essentielles-pour-bifurquer","content":"\n\u003cfigure class=\"wp-block-image size-large\"\u003e\u003cimg decoding=\"async\" src=\"https://media.licdn.com/dms/image/D4E22AQFXDB8MokvsKw/feedshare-shrink_800/0/1689021182057?e=1692230400\u0026amp;v=beta\u0026amp;t=sGJ0NAzuKAqKptBqOEAisqGbz5gkyQ48KPa_Gw8OGhc\" alt=\"\"/\u003e\u003c/figure\u003e\n\n\n\n\u003cp\u003eEn avril dernier, Bastien Sibille, fondateur de la SCIC Mobicoop et coprésident des Licoornes, avait lancé un appel pour la création d’un fonds d’un milliard d’euros pour accélérer la transition et permettre aux acteurs déjà engagés de s’organiser. 3 mois et un millier de signataires plus tard, un premier rendez-vous a été fixé le 6 juillet dernier à Paris. Rentré à Marseille, je vous en propose un retour à chaud\u0026nbsp;!\u003c/p\u003e\n\n\n\n\u003cp\u003eNous avons commencé des centaines éparpillées, nous nous sommes retrouvés près de 500 personnes à assister à cette journée, accueillis au sein du collège des Bernardins ou bien en mode visio !\u003c/p\u003e\n\n\n\n\u003cp\u003eLa journée a démarré par une séquence inspirante, la lecture d’une lettre de Claude Alphandéry. Claude nous a rappelé dans quelles conditions Jean Moulin lui demanda, en 1943, d’organiser pour la Drôme un travail de réunification des réseaux de la Résistance. C’est aussi le moment d’accueil et formation de centaines de jeunes, décidés à rejoindre la résistance en refusant le Service de travail obligatoire. Ce moment particulier de notre histoire a démontré qu’il a été possible de s’allier et de s’accepter malgré des histoires personnelles, des cultures politiques ou des croyances différentes. Cela a été possible car de nombreux jeunes étaient réunis dans un même lieu et avec beaucoup de temps pour échanger, partager, s’organiser, apprendre ensemble, et surtout vivre ensemble\u0026nbsp;!\u003c/p\u003e\n\n\n\n\u003cp\u003eCet espace-temps de quelques mois a forgé des amitiés, des combats et des convictions qui se sont retrouvés dans le programme national de la Résistance, «\u0026nbsp;Les Jours Heureux\u0026nbsp;». Cette histoire est la nôtre, elle a rassemblé des communistes et des intégristes catholiques, des militants politiques comme des personnes qui ne s’étaient jamais engagés dans un cadre collectif. Claude, en nous rappelant cela dans sa lettre introductive à nos travaux, a mis la barre très haute, et à poser une exigence pour les nouvelles générations. Il a été possible durant cette période de débattre et de travailler nos désaccords quand une vision, une urgence, une force de vie deviennent essentielles.\u003c/p\u003e\n\n\n\n\u003cp\u003e\u003cstrong\u003e« Qu’est ce qui est essentiel ? » \u003c/strong\u003e\u003c/p\u003e\n\n\n\n\u003cp\u003eCette question traverse nos générations.\u003cstrong\u003e \u003c/strong\u003eLes conditions sont différentes mais la période que nous traversons doit questionner notre capacité de nous allier, non pour se lever face à l’occupant, mais pour bifurquer face à un système capitaliste et financier qui tue à grande échelle notre écosystème terrien.\u003c/p\u003e\n\n\n\n\u003cp\u003eBastien dans son ouverture des travaux, rappelle que les fumées des grands feux canadiens sont arrivées chez nous, au moment où d’autres feux se sont allumés dans des quartiers périphériques suite à l’assassinat du jeune Nahel. Ce lien permet de rappeler qu’il n’y aura pas de transition écologique et climatique sans justice sociale. Cette première alliance est une exigence, elle est aujourd’hui portée par les nouvelles générations. Comment alors créer les conditions de ces alliances qui permettront de faire levier. Le milliard d’euros du fonds est un appel pour démontrer que nos savoir-faire et expériences sont aujourd’hui en mesure de relever le défi mais cette aventure s’inscrit bien au-delà.\u003c/p\u003e\n\n\n\n\u003cp\u003e\u003cstrong\u003eElle est une aventure qui ne sait pas exactement où elle va, et c’est tant mieux !\u003c/strong\u003e\u003cbr\u003eElle est construite, pas après pas, en articulant projet, vision et actions. Après des témoignages inspirants en matinée, 8 ateliers de travail ont pu s’exercer en 1h30 à produire des propositions. Ces ateliers ont permis à la fois de découvrir la diversité des participants et d’articuler des approches pour porter des propositions de chaque groupe. Un compte rendu détaillé sera partagé durant l’été et un second rendez-vous sera programmé à l’automne afin de fixer ensemble une méthode, une gouvernance et des premières actions.\u003c/p\u003e\n\n\n\n\u003cp\u003eNous avons co-animé avec Patrick Viveret et Vaia Tuuhia l’atelier 6 : \u003cstrong\u003e« Comment expérimenter les formes économiques, écologiques et démocratiques que nous réclamons ?\u003c/strong\u003e ». Un atelier qui a pu rassembler plus d’une vingtaine de personne très diverses et se connaissant peu.\u003ca\u003e \u003c/a\u003e\u003cem\u003e« Il y a au bas mot 2 millions de personnes qui adhèrent à la transition juste mais cela ne fait pas système et levier de transformation »\u003c/em\u003e. Nous sommes partis des expériences qui existent déjà. « Il y a quantités de choses qui se font mais comment cela constitue un ensemble articulé qui permettrait au milliard de renforcer ces initiatives \u003cem\u003e? »\u003c/em\u003e : que ce soit sur le forum des indicateurs de richesses, la comptabilité care en triple capital, le DONUT d’Oxfam, les monnaies locales avec le Mouvement Sol, les monnaies-temps avec les Accorderies, la monnaie-fiscale, les Licoornes comme les associations et SCIC sur nos territoires. \u003c/p\u003e\n\n\n\n\u003cp\u003eUn milliard, pour faire quoi et comment ? Quels liens avec l\u0026#8217;économie de marché et comment la dynamique de ce milliard permet de soutenir des initiatives en dehors de l\u0026#8217;économie marchande ? Cela passe nécessairement par résister à la novlangue. Patrick Viveret rappelle les définitions que nous devrions défendre de termes aujourd’hui transformés : Valeur, force de vie ou valor is money ? Bénéfices comme activités bénéfiques et bénévolat, comme orientation bénéfique de la volonté ? Ces mots peuvent appuyer la création d’un nouveau récit, contribuent à un langage commun et nourrissent des alliances. Par exemple, un participant exprime le fait que l’on « ne cherche pas 1 milliard, mais on a déjà 100 milliards si on raconte une nouvelle histoire ! ». Des difficultés pour s’allier au sein de l’ESS « souvent dans des guerres de chapelle » ? Animer des polarités et faire vivre des controverses qui nous renforcent en assumant nos tensions comme autant de richesses ?\u003c/p\u003e\n\n\n\n\u003cp\u003e\u003cstrong\u003eQuelle stratégie pour dépasser l’approche uniquement monétaire du milliard ?\u003c/strong\u003e\u003c/p\u003e\n\n\n\n\u003cp\u003eSur cette question, les participants sont revenus sur les expériences issues d’une analyse critique des règles comptables actuelles : Mieux reconnaitre \u003ca\u003el\u003c/a\u003ees externalités négatives car, en les transformant, elles deviennent des sources considérables sur les budgets de nombreuses organisations publiques ou privées.\u003ca\u003e \u003c/a\u003eUn autre participant nous partage son expérience des marchés financiers et propose d’Hacker le système financier, ni plus, ni moins ! Cela nous démontre que s’allier avec des personnes et des mondes si peu « familiers » peut nous ouvrir de nouvelles pistes et de nouveaux imaginaires. Il faut penser un autre système fondé sur un « retraitement de notre comptabilité » affirme Patrick Viveret : pourquoi ne pas imaginer des points verts et des points noirs pour qualifier de nouveaux indicateurs en différenciant ce qui est « bénéfique » et ce qui est « destructeur » ?\u003c/p\u003e\n\n\n\n\u003cp\u003e\u003cstrong\u003eCela devient alors un enjeu de délibération démocratique.\u003c/strong\u003e Qu\u0026#8217;est ce qui a de la valeur dans notre comptabilité actuelle ? Qui et comment fixer ces points et ces choix ? Quelle dimension concrète et visible pour chaque citoyen ? C’est le sens du projet d’une nouvelle carte vitale prenant en compte la dimension globale de la santé au sens de la définition de l’OMS : « un état de complet bien-être physique, mental et social ». Chaque citoyen prendrait la mesure de ce que cette carte lui permettrait de faire, de reconnaître mais aussi de simplement « être ».\u003c/p\u003e\n\n\n\n\u003cp\u003e\u003cstrong\u003eUne partie du milliard en monnaie locale pour faire levier et soutenir l’écosystème territorial.\u003c/strong\u003e\u003c/p\u003e\n\n\n\n\u003cp\u003eNous devions retenir une proposition à remettre dans la synthèse de la séance plénière : Il a été choisi de renforcer les monnaies locales en demandant à ce qu’une partie du milliard mobilisé puisse être distribué en monnaie locale afin de renforcer les écosystèmes locaux. Une étude a été menée qui démontre que 1000 euros sous forme de monnaie locale déploie entre 1,25 à 1,55 fois plus de ressources sur le territoire en infusant les réseaux de commerce et de services de proximité. De plus, pour appuyer la cohérence de nos pratiques et de nos discours, il est demandé aux SCIC et associations engagées dans notre processus de payer leurs salariés, sur une part, en monnaie locale si elle existe bien sûr ! Il reste alors au Mouvement Sol de développer l’inter-opérabilité des monnaies locales afin de pouvoir les utiliser sur tout le territoire. Là encore, Guillaume, cofondateur de l’Assemblée virtuelle, a rappelé qu’ils ont pu développer des systèmes numériques en soutien à ces acteurs, du Transiscope au réseau social décentralisé, bientôt Archipelago. Sur ce sujet des monnaies et bien d’autres, les alliances entre acteurs se fondent aussi sur des compétences complémentaires qui, ensemble, démontrent la puissance et l’innovation de notre réseau.\u003c/p\u003e\n\n\n\n\u003cp\u003e\u003cstrong\u003eDes nouvelles alliances entre territoires populaires, urbains et ruraux.\u003c/strong\u003e\u003c/p\u003e\n\n\n\n\u003cp\u003eLa première contribution que nous souhaitons apporter à ce tissage est le lien entre acteurs des quartiers urbains populaires et des quartiers plus ruraux, tous marqués par les inégalités. Il n’y aura pas de transition écologique sans lutte contre les inégalités. Notre prochain pas est de diffuser auprès des réseaux d’acteurs associatifs et institutionnels, des bénévoles comme de nombreux professionnels, cet appel et cet enjeu de sortir de nos «\u0026nbsp;espaces de représentation\u0026nbsp;» ou les silos façonnés par une approche techniciste de nos métiers ou de nos engagements. Les Colibris, le Collectif de la transition citoyenne, le Mouvement pour l’économie solidaire (MES), le Collectif des associations citoyennes (CAC) le font déjà. Il faut poursuivre vers des réseaux plus institutionnels mais tout autant engagés, par exemple, l’UNADEL comme l’IRDSU qui travaillent déjà ensemble doivent se relier à cette dynamique (et non se rallier).\u003c/p\u003e\n\n\n\n\u003cp\u003e«\u0026nbsp;Ce qui se fait sans nous, se fait contre nous\u0026nbsp;», nous devons aussi créer les conditions de la rencontre pour tisser les liens avec les associations et collectifs issus des quartiers populaires qui doivent porter par eux-mêmes leur voix. A l’approche de la signature des nouveaux contrats de ville à la fin de 2023, il faut que la question écologique et sociale en deviennent la colonne vertébrale. De nouvelles alliances, comme de nouvelles conditions de la rencontre et de la délibération, permettraient de donner un autre horizon à une société qui se transforme déjà mais qui se fissure tout autant.\u003c/p\u003e\n\n\n\n\u003cp\u003e\u003cstrong\u003eLe 6 juillet marque le début d’une aventure, une aventure qui doit tenir dans le temps.\u003c/strong\u003e\u003c/p\u003e\n\n\n\n\u003cp\u003ePour cela, elle a besoin de rythme\u0026nbsp;: le rythme de nos rencontres comme des occasions de faire ensemble, de transmettre entre générations, de partager des expériences. Le 6 juillet a été ce premier temps\u0026nbsp;et il y en aura d’autres avant le prochain grand rendez-vous fixé à l’automne.\u003c/p\u003e\n\n\n\n\u003cp\u003eInscrire nos actions dans la durée, c’est aussi les rythmer par des pettes actions individuelles. La première proposée est d’élargir le cercle à 3 personnes de notre entourage\u0026nbsp;! Nous sommes près de 1000 premiers signataires, nous devons être 3000 après la période estivale. Pour signer c’est ici\u0026nbsp;: \u003ca href=\"https://0yhgi.mjt.lu/lnk/AVMAAB3iK-AAAckEjoQAASajvl8AAYCtl0IAnaKkACSGHgBkq7YSNmULJWblQoW4U6h30Ey3UgAiLGc/3/ZLB2NxmzmrcrJGAMJ6fVTQ/aHR0cHM6Ly9mcmFtYWZvcm1zLm9yZy8xLW1pbGxpYXJkLWRldXJvcy1wb3VyLWxhLXRyYW5zaXRpb24tanVzdGUtMTY4ODIyMjAzNg\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\"\u003ehttps://framaforms.org/1-milliard-deuros-pour-la-transition-juste-1688222036\u003c/a\u003e\u003c/p\u003e\n\n\n\n\u003cp\u003eDu rythme, des rencontres, des petites actions, nous avons besoin aussi d’espaces et de lieux pour le rendre possible. Un atelier a travaillé à cet enjeu et a commencé à repérer des alliances avec plusieurs dizaines de lieux sur les territoires pour le permettre.\u003c/p\u003e\n\n\n\n\u003cp\u003eDes temps pour se voir, des lieux, de l’énergie, autant de belles ressources rassemblées pour poursuivre et se relier. L’Eccap y contribuera comme l’Archipel des confluences :\u003cstrong\u003e \u003c/strong\u003eêtre au service des acteurs et des espaces où se tissent les liens, et nourrissent la confiance pour changer de cap.\u003c/p\u003e\n","author":{"node":{"id":"dXNlcjoyMjA1MDcwNTU="}}},{"id":"cG9zdDoxOTU1","title":"LAURENT BERGER ET LA VALEUR DU TRAVAIL","uri":"/2023/06/15/laurent-berger-et-la-valeur-du-travail/","date":"2023-06-15T14:28:48","categories":{"nodes":[{"name":"Agir dans et pour une économie plurielle","slug":"agir-dans-et-pour-une-economie-plurielle"},{"name":"Questionner le travail ?","slug":"questionner-le-travail"}]},"slug":"laurent-berger-et-la-valeur-du-travail","content":"\n\u003cfigure class=\"wp-block-image size-large\"\u003e\u003cimg decoding=\"async\" src=\"https://i0.wp.com/m.media-amazon.com/images/I/41OiJc-R9-L._SX195_.jpg?ssl=1\" alt=\"\" data-recalc-dims=\"1\"/\u003e\u003c/figure\u003e\n\n\n\n\u003cp\u003eLa librairie Utopia a organisé le 1\u003csup\u003eer\u003c/sup\u003e juin une présentation de deux nouveaux livres\u0026nbsp;: \u003cem\u003eL’économie sociale et solidaire\u003c/em\u003e de Timothée DUVERGER (La découverte) et \u003cem\u003eDu mépris à la colère \u003c/em\u003ede Laurent BERGER (Seuil). Les deux auteurs recherchent des solutions à la crise actuelle en faisant appel à la société civile mais dans des perspectives quelque peu différentes.\u003c/p\u003e\n\n\n\n\u003cp\u003eLaurent Berger, secrétaire général de la CFDT (jusqu’au 21 juin), a été un des leaders des manifestations massives contre le passage de l’âge légal de la retraite à 64 ans. Il a écrit à chaud un texte qui dépasse ce qu’il appelle «\u0026nbsp;l’épisode de la réforme des retraites\u0026nbsp;». C’est un ouvrage éthique et politique, au sens noble du terme de gestion de la cité des hommes, en l’occurrence des travailleurs.\u003c/p\u003e\n\n\n\n\u003cp\u003eLe point de départ est la distinction entre le travail et l’emploi. Le père de Laurent Berger était ouvrier soudeur aux chantiers navals de Saint-Nazaire, syndiqué et fier de son métier, fier de son \u003cstrong\u003etravail\u003c/strong\u003e\u0026nbsp;: toute la famille allait assister au lancement des bateaux sur lesquels il avait travaillé. La génération de Laurent a été marquée par le chômage (il l’a subi à 26 ans) et la préoccupation des syndicalistes a été la bataille de l’\u003cstrong\u003eemploi\u003c/strong\u003e\u0026nbsp;: sauver les emplois menacés et trouver des emplois pour les jeunes qui arrivaient sur le marché du travail. La menace du chômage est moins présente aujourd’hui et la nouvelle génération aspire à un \u003cstrong\u003etravail\u003c/strong\u003e qui ait du sens (social et écologique), pas seulement à un emploi rémunéré (bien ou mal).\u003c/p\u003e\n\n\n\n\u003cp\u003eDeuxième postulat de l’auteur\u0026nbsp;: tous les métiers ont du sens. La distinction entre les travailleurs très qualifiés de l’industrie, ce que l’on appelait autrefois l’aristocratie ouvrière, la maîtrise et les cadres, et les employés peu qualifiés {j’ai toujours dit peu diplômés car s’occuper d’une personne âgée demande une vraie qualification} s’est estompée. Dans une réunion organisée par Libération, Laurent Berger a vivement réagi aux propos d’un intellectuel qui parlait d’«\u0026nbsp;emplois de merde\u0026nbsp;» {Les anglo-saxons parlent de \u003cem\u003ebullshit jobs\u003c/em\u003e}. La crise du Covid a mis en lumière «\u0026nbsp;les travailleurs essentiels, jusque-là invisibles\u0026nbsp;» qui ont assuré l’alimentation, les soins, la propreté des rues aux populations confinées. À ces héros du quotidien qui ont souvent risqué leur santé, la réponse du pouvoir, méprisante s’il en est, a été «\u0026nbsp;vous travaillerez deux ans de plus\u0026nbsp;»\u0026nbsp;!\u003c/p\u003e\n\n\n\n\u003cp\u003eTroisième idée forte\u0026nbsp;: le travail a été abîmé par la logique \u003cem\u003elow cost\u003c/em\u003e qui a prévalu depuis quelques décennies. Le travail a été rabaissé à la dimension \u003cstrong\u003eéconomique\u003c/strong\u003e d’un coût de production qu’il fallait réduire à toute force face à la concurrence internationale des pays à bas salaires où les entreprises transféraient les fabrications. La dimension \u003cstrong\u003esociale\u003c/strong\u003e du travail, ce collectif de vie dans l’entreprise, a été réduite d’autant, en individualisant les tâches et intensifiant les cadences de chacun. L’accumulation des indicateurs quantitatifs (4 minutes pour s’occuper d’une personne âgée, sans avoir le temps de se soucier de son moral) et des \u003cem\u003ereportings\u003c/em\u003e surabondants ont déshumanisé le travail dans l’industrie et les services.\u003c/p\u003e\n\n\n\n\u003cp\u003eComment restaurer la fierté ouvrière, le goût du travail bien fait auxquels aspireraient la plupart des travailleurs\u0026nbsp;? Comment privilégier la «\u0026nbsp;valeur du travail\u0026nbsp;» (social) par rapport à la «\u0026nbsp;valeur travail\u0026nbsp;» (économique)\u0026nbsp;? En réponse, Laurent Berger écrit\u0026nbsp;: «\u0026nbsp;Je n’ai jamais aimé l’idée du Grand soir, car je crains qu’il se ne transforme en matins un peu tristes, mais j’avoue que j’ai espéré un changement. Et puis on est reparti dans le \u003cem\u003ebusiness as usual\u003c/em\u003e\u0026nbsp;». Le syndicaliste ne croit pas du tout en la classe politique et dit froidement que «\u0026nbsp;la gauche française n’a jamais été travailliste\u0026nbsp;». Il ajoute\u0026nbsp;:\u0026nbsp;«\u0026nbsp;Le problème des politiques, c’est qu’ils préfèrent trop souvent le dogme au réel\u0026nbsp;». Les querelles actuelles des socialistes dans des cabines téléphoniques et les pulsions caporalistes de certains responsables de gauche ne lui donnent pas tort\u0026nbsp;!\u003c/p\u003e\n\n\n\n\u003cp\u003eAlors que faire\u0026nbsp;? Partir de ce que vivent les travailleurs, leurs angoisses de pouvoir d’achat en période d’inflation, mais aussi et surtout changer l’\u003cstrong\u003eorganisation du travail, \u003c/strong\u003epour glisser d’un «\u0026nbsp;travail prescrit\u0026nbsp;» à un travail créatif et collectif. La loi ne devrait pas se mêler de tout mais, dans chaque entreprise, imposer une négociation obligatoire sur l’organisation du travail. «\u0026nbsp;Penser à partir du réel\u0026nbsp;»\u0026nbsp;!\u003c/p\u003e\n\n\n\n\u003cp\u003eIl faut tabler sur «\u0026nbsp;l’aspiration à la coopération dans l’entreprise\u0026nbsp;». «\u0026nbsp;Mon père disait qu’il ne fallait jamais se laisser empoisonner par ses chefs, que ce qui comptait, c’était la justice des mesures. Les travailleurs ne sont pas hostiles à la hiérarchie, tant qu’elle est juste et empathique\u0026nbsp;». Ces convictions du responsable syndicaliste sont assises sur des visites hebdomadaires à des entreprises qui n’ont pas toutes des problèmes. Encore faut-il qu’il y ait un rapport de forces entre travail et capital poussant à la négociation et au compromis, et donc que le syndicalisme soit bien présent dans les entreprises et les établissements. Même si les effectifs syndicaux sont faibles en France par rapport aux pays d’Europe du Nord {Laurent Berger préside encore pour quelques jours la Confédération Européenne des Syndicats}, le leader de la CFDT remarque avec malice que son organisation comprend davantage de militants que l’ensemble des partis politiques français.\u003c/p\u003e\n\n\n\n\u003cp\u003eLa modération est une forme de courage\u0026nbsp;! Peu, à gauche, oseraient écrire\u0026nbsp;: «\u0026nbsp;Je ne suis pas anti-capitaliste, je suis pour une économie de marché responsable et régulée. Je suis aussi profondément européen, je défends une économie sociale de marché, ce qui implique que les travailleurs doivent être pris en considération\u0026nbsp;».\u003c/p\u003e\n\n\n\n\u003cp\u003eLaurent Berger n’est pas naïf\u0026nbsp;: il recommande que les aides publiques aux entreprises soient conditionnées «\u0026nbsp;à la transition écologique, à la qualité du travail, au respect des travailleurs, à la juste répartition de la richesse créée\u0026nbsp;». Il pense que l’éventail des rémunérations devrait être resserré.\u003c/p\u003e\n\n\n\n\u003cp\u003eEt il plaide pour imposer des «\u0026nbsp;clauses environnementales aux produits importés\u0026nbsp;». Une sorte de retour à la «\u0026nbsp;préférence communautaire\u0026nbsp;» qui était une des fondations de l’Europe du traité de Rome, que les néo-libéraux anglo-saxons et continentaux ont bien oubliée. D’autres propositions ne peuvent qu’attirer la sympathie, telle celle de réduire les impôts sur les seuls bénéfices des entreprises réinvestis en France, plutôt que de s’obstiner à réduire la fiscalité sur tout capital. Ou, la nécessité de régulariser les sans-papiers qui résident, travaillent et cotisent en France depuis longtemps. Ainsi que la requalification du travail permettant d’embaucher des candidats résidents plutôt que d’attirer des immigrés.\u003c/p\u003e\n\n\n\n\u003cp\u003eRevenons à l’entreprise, en l’occurrence à «\u0026nbsp;la société à mission\u0026nbsp;», créée par la loi Pacte (mai 2019), que, dit-il, «\u0026nbsp;je défends absolument en tant que syndicaliste\u0026nbsp;»\u0026nbsp;! Rappelons que ces entreprises introduisent des critères sociaux et environnementaux dans leur «\u0026nbsp;raison d’être\u0026nbsp;», dont le respect est jugé par des comités de mission indépendants comprenant des représentants des salariés aidés par un auditeur indépendant. Exemple\u0026nbsp;: le Crédit Mutuel s’engage à distribuer 15% de ses résultats sous forme de dividende sociétal.\u003c/p\u003e\n\n\n\n\u003cp\u003eTelle est l’entreprise d’avant-garde pour Laurent Berger qui n’a pas manifesté un enthousiasme exagéré pour l’Économie sociale et solidaire. Il ne l’a pas trouvée très présente dans le conflit sur les retraites, ni dans les manifestations ni sur les contre-propositions syndicales faites sur l’emploi des seniors ou sur la prise en compte de la pénibilité des travaux. «\u0026nbsp;Le statut n’est pas vertu\u0026nbsp;»,\u0026nbsp;a-t-il rappelé : certaines coopératives, associations, mutuelles ne sont pas exemplaires dans la démocratie des décisions et l’organisation du travail. L’UDES (Union des employeurs solidaires) ne s’est-elle pas rangée du côté patronal\u0026nbsp;!\u003c/p\u003e\n\n\n\n\u003cp\u003eTimothée Duverger, qui a fait une analyse historique et théorique remarquable de l’Économie sociale et solidaire dans son ouvrage précédemment cité, a fait la remarque que les syndicats étaient nés dans l’ombre des mutuelles ouvrières à la fin du XIXème siècle, avant d’être reconnus par la loi. Aujourd’hui, force est de remarquer que les trajectoires sont aujourd’hui distinctes. Les voies de la «\u0026nbsp;coopération\u0026nbsp;» sont multiples, dans l’entreprise à mission ou dans les coopératives et cette pluralité ne va pas faciliter l’essor d’une social-démocratie économique et politique.\u003c/p\u003e\n\n\n\n\u003cp\u003eLaurent Berger cite\u003cem\u003e in fine \u003c/em\u003ele «\u0026nbsp;Pacte du pouvoir de vivre\u0026nbsp;» associant la CFDT et une soixantaine de réseaux associatifs importants de la société civile. «\u0026nbsp;Sur le travail, six points sont essentiels\u0026nbsp;: la négociation de l’organisation du travail, le dialogue professionnel, une évolution du management, la conditionnalité des aides aux entreprises, davantage de moyens octroyés à la prévention et des rendez-vous réguliers pour suivre les travailleurs dans leurs évolutions et leurs attentes\u0026nbsp;».\u003c/p\u003e\n\n\n\n\u003cp\u003eEt il termine sur une touche plus politique en dénonçant (citation) «\u0026nbsp;la verticalité qui a été choisie depuis 2017, avec, ces derniers mois, une forme de paroxysme, et un président de la République qui, par orgueil ou par incapacité, ne veut pas écouter les organisations syndicales et néglige les corps intermédiaires\u0026nbsp;». «\u0026nbsp;Si le gouvernement n’est pas capable de mettre en place cette profonde transformation du travail, il offre une voie royale à Mme Le PEN\u0026nbsp;».\u003c/p\u003e\n","author":{"node":{"id":"dXNlcjoyMjA1MDcwNzA="}}},{"id":"cG9zdDoxOTI4","title":"Le RSA d’Emmanuel Macron : survivre sous condition","uri":"/2023/05/30/le-rsa-demmanuel-macron-survivre-sous-condition/","date":"2023-05-30T19:40:04","categories":{"nodes":[{"name":"Agir dans et pour une économie plurielle","slug":"agir-dans-et-pour-une-economie-plurielle"},{"name":"Questionner les leviers de la redistribution","slug":"questionner-les-leviers-de-la-redistribution"}]},"slug":"le-rsa-demmanuel-macron-survivre-sous-condition","content":"\n\u003cfigure class=\"wp-block-image size-full\"\u003e\u003cimg loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"287\" height=\"176\" data-attachment-id=\"1930\" data-permalink=\"https://changement-de-cap.fr/2023/05/30/le-rsa-demmanuel-macron-survivre-sous-condition/rsa/\" data-orig-file=\"https://i0.wp.com/changement-de-cap.fr/wp-content/uploads/2023/05/rsa.jpg?fit=287%2C176\u0026amp;ssl=1\" data-orig-size=\"287,176\" data-comments-opened=\"1\" data-image-meta=\"{\u0026quot;aperture\u0026quot;:\u0026quot;0\u0026quot;,\u0026quot;credit\u0026quot;:\u0026quot;\u0026quot;,\u0026quot;camera\u0026quot;:\u0026quot;\u0026quot;,\u0026quot;caption\u0026quot;:\u0026quot;\u0026quot;,\u0026quot;created_timestamp\u0026quot;:\u0026quot;0\u0026quot;,\u0026quot;copyright\u0026quot;:\u0026quot;\u0026quot;,\u0026quot;focal_length\u0026quot;:\u0026quot;0\u0026quot;,\u0026quot;iso\u0026quot;:\u0026quot;0\u0026quot;,\u0026quot;shutter_speed\u0026quot;:\u0026quot;0\u0026quot;,\u0026quot;title\u0026quot;:\u0026quot;\u0026quot;,\u0026quot;orientation\u0026quot;:\u0026quot;0\u0026quot;}\" data-image-title=\"rsa\" data-image-description=\"\" data-image-caption=\"\" data-medium-file=\"https://i0.wp.com/changement-de-cap.fr/wp-content/uploads/2023/05/rsa.jpg?fit=287%2C176\u0026amp;ssl=1\" data-large-file=\"https://i0.wp.com/changement-de-cap.fr/wp-content/uploads/2023/05/rsa.jpg?fit=287%2C176\u0026amp;ssl=1\" src=\"https://i0.wp.com/changement-de-cap.fr/wp-content/uploads/2023/05/rsa.jpg?resize=287%2C176\u0026#038;ssl=1\" alt=\"\" class=\"wp-image-1930\" data-recalc-dims=\"1\"/\u003e\u003c/figure\u003e\n\n\n\n\u003cp\u003eStéphane Troussel, le président du département de Seine-Saint-Denis a retiré sa collectivité de l’expérimentation «\u0026nbsp;France Travail\u0026nbsp;». La raison\u0026nbsp;: «\u0026nbsp;La doctrine portée par le gouvernement en matière de conditionnalité des aides sociales […] me paraît une grave entorse à notre République\u0026nbsp;»\u003ca id=\"_ftnref1\" href=\"#_ftn1\"\u003e\u003csup\u003e[1]\u003c/sup\u003e\u003c/a\u003e.\u003c/p\u003e\n\n\n\n\u003cp\u003e\u003cstrong\u003eLe \u003cem\u003eworkfare\u003ca href=\"#_ftn2\" id=\"_ftnref2\"\u003e\u003cstrong\u003e[2]\u003c/strong\u003e\u003c/a\u003e \u003c/em\u003eà la française\u003c/strong\u003e\u003c/p\u003e\n\n\n\n\u003cp\u003eLe candidat Macron avait annoncé lors de la présentation de son programme le 17 mars 2022 sa volonté de réformer le RSA «\u0026nbsp;en assurant un meilleur accompagnement et un meilleur équilibre des droits et devoirs\u0026nbsp;» et «\u0026nbsp;l’obligation de consacrer 15 à 20 heures par semaines pour une activité permettant d’aller vers l’insertion professionnelle\u0026nbsp;»\u003ca href=\"#_ftn3\" id=\"_ftnref3\"\u003e\u003csup\u003e[3]\u003c/sup\u003e\u003c/a\u003e. Le projet a depuis son élection été confié à Thibaut Guilluy, haut-commissaire à l’Emploi et à l’Engagement et intégrera plus largement le projet de loi France Travail qui doit remplacer Pôle emploi en 2024. Il est d’ores et déjà expérimenté dans 18 départements. Sans la Seine-Saint-Denis donc.\u003c/p\u003e\n\n\n\n\u003cp\u003eFrance Travail serait l’opérateur chargé de piloter l’ensemble du service public de l’emploi avec les acteurs associés pour coordonner l’accompagnement des bénéficiaires. Derrière l’intérêt de l’usager avancé par la réforme, se cache en réalité une tentative de recentralisation des politiques d’accompagnement vers l’emploi, comme le laissent entrevoir les craintes exprimées par les départements\u003ca href=\"#_ftn4\" id=\"_ftnref4\"\u003e[4]\u003c/a\u003e ou les missions locales\u003ca href=\"#_ftn5\" id=\"_ftnref5\"\u003e[5]\u003c/a\u003e. Mais cela pose deux problèmes. Tout d’abord, du point de vue de la gouvernance car les collectivités locales, qui reposent sur l’élection au suffrage universel, vont être inféodées à une agence de l’État. Ensuite, au niveau budgétaire, puisque le rapport de la mission de préfiguration estime le financement du plan entre 2,3 et 2,7 milliards d’euros sur la période 2024-2026\u003ca href=\"#_ftn6\" id=\"_ftnref6\"\u003e[6]\u003c/a\u003e.\u003c/p\u003e\n\n\n\n\u003cp\u003eDans un contexte de crise du recrutement, il y a par ailleurs tout lieu de penser que l’État cherche à faire peser la responsabilité du chômage sur les individus plutôt que sur la société, les sanctions venant se substituer à l’accompagnement. Une manière de rééquilibrer le rapport de forces sur le marché du travail au bénéfice des entreprises. C’est ainsi qu’il faut lire les récentes polémiques entourant les propos de l’exécutif, de Thibaut Guilluy, qui souhaite qu’on «\u0026nbsp;demande des comptes\u0026nbsp;» aux allocataires\u003ca href=\"#_ftn7\" id=\"_ftnref7\"\u003e[7]\u003c/a\u003e du RSA, au Président de la République qui estimait lors de son allocution télévisée du 22 mars qu’il fallait les «\u0026nbsp;responsabiliser\u0026nbsp;». La réforme prévoit en particulier une «\u0026nbsp;suspension\u0026nbsp;\u0026#8211;\u0026nbsp;remobilisation\u0026nbsp;» applicable soit avant la signature du contrat d’engagement si l’allocataire ne se présente pas à ses rendez-vous ou tout au long de l’accompagnement s’il ne tient pas ses engagements, ce qui vise à faciliter, donc accroître le recours aux sanctions par les institutions\u003ca href=\"#_ftn8\" id=\"_ftnref8\"\u003e[8]\u003c/a\u003e.\u003c/p\u003e\n\n\n\n\u003cp\u003e\u003cstrong\u003eUn risque d’aggravation de la pauvreté\u003c/strong\u003e\u003c/p\u003e\n\n\n\n\u003cp\u003eOr comme le montre une étude des chercheurs Sylvain\u0026nbsp;Chareyron, Rémi\u0026nbsp;Le\u0026nbsp;Gall et Yannick\u0026nbsp;L’Horty, si les dispositifs de sanction améliorent la participation aux démarches d’insertion, ils n’ont que peu d’effets sur l’accès à l’emploi et aggravent le risque de non-recours aux droits\u003ca href=\"#_ftn9\" id=\"_ftnref9\"\u003e[9]\u003c/a\u003e.\u003c/p\u003e\n\n\n\n\u003cp\u003eUn renforcement des sanctions risque d’aggraver la situation des plus fragiles et de générer des effets pervers, comme l’ont montré les études sur les sanctions prévues par le \u003cem\u003eUniversal Credit\u003c/em\u003e au Royaume-Uni. Si leur impact sur l’emploi s’avère nul, elles ont pour conséquence d’accroître l’incertitude sur l’avenir (liée au risque de radiation pour des infractions mineures comme le retard à un rendez-vous) ou l’anxiété des personnes et de rendre la recherche d’emploi largement contre-productive (multiplication des candidatures, dont certaines paraissent inappropriées)\u003ca href=\"#_ftn10\" id=\"_ftnref10\"\u003e\u003csup\u003e[10]\u003c/sup\u003e\u003c/a\u003e. A contrario, plusieurs expérimentations (et assez récemment encore, en Finlande) ont bien montré qu’à montant égal, un revenu inconditionnel offrait le même niveau de retour à l’emploi qu’un revenu sous conditions, tout en renforçant de façon sensible la santé physique, mentale et sociale des bénéficiaires\u003ca href=\"#_ftn11\" id=\"_ftnref11\"\u003e[11]\u003c/a\u003e.\u003c/p\u003e\n\n\n\n\u003cp\u003eLes associations de solidarité, à l’instar du collectif ALERTE\u003ca href=\"#_ftn12\" id=\"_ftnref12\"\u003e[12]\u003c/a\u003e qui en rassemble un grand nombre ou d’ATD Quart Monde\u003ca href=\"#_ftn13\" id=\"_ftnref13\"\u003e[13]\u003c/a\u003e qui a été à l’origine de la création du Revenu minimum d’insertion (RMI), défendent l’inconditionnalité du RSA ainsi qu’un renforcement de l’accompagnement à concevoir comme un droit des allocataires. Les trois seuls départements de gauche présents dans l’expérimentation (Loire-Atlantique, Ille-et-Vilaine, Grand Lyon) ont conditionné leur participation à la préservation de leur responsabilité sur l’accompagnement et à l’absence de renforcement des sanctions\u003ca href=\"#_ftn14\" id=\"_ftnref14\"\u003e[14]\u003c/a\u003e.\u003c/p\u003e\n\n\n\n\u003cp\u003e\u003cstrong\u003eUne réforme dégénérée\u003c/strong\u003e\u003c/p\u003e\n\n\n\n\u003cp\u003eOn est bien loin de la philosophie exprimée par François Mitterrand en 1988 dans sa \u003cem\u003eLettre aux Français\u003c/em\u003e, dans laquelle il annonçait la création du RMI : «\u0026nbsp;L’important est qu’un moyen de vivre ou plutôt de survivre soit garanti à ceux qui n’ont rien\u0026nbsp;». Si dès l’origine le RMI a joué sur l’ambiguïté de l’insertion et la contractualisation associée pour obtenir une adhésion transpartisane\u003ca href=\"#_ftn15\" id=\"_ftnref15\"\u003e\u003csup\u003e[15]\u003c/sup\u003e\u003c/a\u003e, la réforme en cours est d’une autre nature. Il s’agit bien d’imposer un système de \u003cem\u003eworkfare\u003c/em\u003e dans lequel la responsabilité est individualisée et les institutions deviennent disciplinaires.\u003c/p\u003e\n\n\n\n\u003cp\u003eComme pour les retraites sur lesquelles Emmanuel\u0026nbsp;Macron envisageait une réforme de structure sous le précédent quinquennat avant de la troquer pour une réforme paramétrique se concentrant sur le recul de l’âge légal de départ, l’expérimentation du RSA conditionné confirme l’abandon du «\u0026nbsp;revenu universel d’activité\u0026nbsp;» pourtant annoncé comme une mesure phare de la stratégie pauvreté en 2018 pour fusionner l’ensemble des prestations sociales en une seule en les automatisant et les ouvrants aux jeunes. Dans le contexte du mouvement des Gilets jaunes, le fait que les simulations anticipent 3,55 millions de foyers perdants n’y est sans doute pas étranger\u003ca href=\"#_ftn16\" id=\"_ftnref16\"\u003e\u003csup\u003e[16]\u003c/sup\u003e\u003c/a\u003e. Il est en tout cas frappant qu’au cours de ce nouveau quinquennat le pouvoir mette en œuvre les réformes avortées du précédent sous une forme dégénérée.\u003c/p\u003e\n\n\n\n\u003cp\u003e\u003cstrong\u003ePour un revenu d’autonomie\u003c/strong\u003e\u003c/p\u003e\n\n\n\n\u003cp\u003eDans ces conditions, nous appelons l’ensemble des acteurs à défendre une contre-réforme, le revenu d’autonomie, qui repose sur cinq piliers\u003ca href=\"#_ftn17\" id=\"_ftnref17\"\u003e[17]\u003c/a\u003e\u0026nbsp;:\u003c/p\u003e\n\n\n\n\u003col type=\"1\"\u003e\n\u003cli\u003eL’inconditionnalité et le versement automatique pour résoudre le problème du non recours qui concerne 34% des personnes éligibles\u003ca href=\"#_ftn18\" id=\"_ftnref18\"\u003e[18]\u003c/a\u003e,\u003c/li\u003e\n\n\n\n\u003cli\u003eLe droit à l’accompagnement en rendant effectif et universel un accompagnement global sur l’ensemble du territoire\u003ca href=\"#_ftn19\" id=\"_ftnref19\"\u003e[19]\u003c/a\u003e,\u003c/li\u003e\n\n\n\n\u003cli\u003eL’ouverture aux jeunes, alors que 22,7% des 18-24 ans vivent sous le seuil de pauvreté contre 13% en moyenne pour l’ensemble de la population\u003ca href=\"#_ftn20\" id=\"_ftnref20\"\u003e[20]\u003c/a\u003e,\u003c/li\u003e\n\n\n\n\u003cli\u003eL’augmentation du RSA, qui a décroché depuis la création du RMI par rapport au salaire minimum\u003ca href=\"#_ftn21\" id=\"_ftnref21\"\u003e[21]\u003c/a\u003e,\u003c/li\u003e\n\n\n\n\u003cli\u003eLa garantie d’emploi, pour laquelle l’expérimentation des Territoires zéro chômeur de longue durée (TZCLD) pourrait être déployée.\u003c/li\u003e\n\u003c/ol\u003e\n\n\n\n\u003cp\u003eLa Première Constitution de la République, celle de l’an I, le proclamait\u0026nbsp;: «\u0026nbsp;Les secours publics sont une dette sacrée. La société doit subsistance aux citoyens malheureux, soit en leur procurant du travail, soit en assurant les moyens d’exister à ceux qui sont hors d’état de travailler\u0026nbsp;». La République sociale ne saurait conditionner un revenu de survie sans se trahir.\u003c/p\u003e\n\n\n\n\u003cp\u003eTimothée Duverger est co-directeur de l\u0026#8217;Observatoire de l’expérimentation et de l’innovation locales de la Fondation Jean Jaurès, ingénieur de recherche à Sciences Po-Bordeaux, chercheur au Centre Émile Durkheim, directeur de la chaire « Territoires de l’économie sociale et solidaire » (TerrESS).\u003c/p\u003e\n\n\n\n\u003chr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"/\u003e\n\n\n\n\u003cp\u003e\u003ca href=\"#_ftnref1\" id=\"_ftn1\"\u003e\u003csup\u003e[1]\u003c/sup\u003e\u003c/a\u003e «\u0026nbsp;La Seine-Saint-Denis refuse le RSA conditionné et fustige «\u0026nbsp;une grave entorse à notre République\u0026nbsp;»\u0026nbsp;», \u003cem\u003eLibération\u003c/em\u003e, 28 mars 2023.\u003c/p\u003e\n\n\n\n\u003cp\u003e\u003ca id=\"_ftn2\" href=\"#_ftnref2\"\u003e[2]\u003c/a\u003e Les programmes de \u003cem\u003eworkfare\u003c/em\u003e posent comme principe que les bénéficiaires de l’aide sociale doivent travailler pour toucher une allocation.\u003c/p\u003e\n\n\n\n\u003cp\u003e\u003ca href=\"#_ftnref3\" id=\"_ftn3\"\u003e\u003csup\u003e[3]\u003c/sup\u003e\u003c/a\u003e «\u0026nbsp;Emmanuel Macron veut réformer le RSA avec «\u0026nbsp;15 à 20 heures d’activité\u0026nbsp;» obligatoires par semaine\u0026nbsp;», \u003cem\u003eL’Obs\u003c/em\u003e, 17 mars 2022.\u003c/p\u003e\n\n\n\n\u003cp\u003e\u003ca href=\"#_ftnref4\" id=\"_ftn4\"\u003e[4]\u003c/a\u003e Catherine Abou el Khair, «\u0026nbsp;Départements de France exprime ses doutes sur le projet France Travail\u0026nbsp;», \u003cem\u003eLocaltis\u003c/em\u003e, 29 mars 2023.\u003c/p\u003e\n\n\n\n\u003cp\u003e\u003ca href=\"#_ftnref5\" id=\"_ftn5\"\u003e[5]\u003c/a\u003e Rouja Lazarova, «\u0026nbsp;France Travail\u0026nbsp;: les inquiétudes des missions locales\u0026nbsp;», \u003cem\u003eLa Gazette des communes\u003c/em\u003e, 3 avril 2023.\u003c/p\u003e\n\n\n\n\u003cp\u003e\u003ca href=\"#_ftnref6\" id=\"_ftn6\"\u003e[6]\u003c/a\u003e Thibaut Guilluy, \u003cem\u003eFrance Travail, une transformation profonde de notre action collective pour atteindre le plein emploi et permettre ainsi l’accès de tous à l’autonomie et à la dignité par le travail. Faisons équipe pour accompagner la réussite de toutes les personnes, de toutes les entreprises et de tous les territoires\u003c/em\u003e, Mission de préfiguration France Travail, Rapport de synthèse de la concertation, Ministère du Travail, du Plein emploi et de l’Insertion/Haut-commissaire à l’emploi et à l’engagement des entreprises, avril 2023.\u003c/p\u003e\n\n\n\n\u003cp\u003e\u003ca href=\"#_ftnref7\" id=\"_ftn7\"\u003e[7]\u003c/a\u003e Aline Gérard, entretien avec Thibaut Guilluy, «\u0026nbsp;RSA et activité obligatoire\u0026nbsp;: «\u0026nbsp;Tout travail mérite salaire. Ça ne va pas changer\u0026nbsp;», \u003cem\u003eOuest France\u003c/em\u003e, 13 mars 2020.\u003c/p\u003e\n\n\n\n\u003cp\u003e\u003ca href=\"#_ftnref8\" id=\"_ftn8\"\u003e[8]\u003c/a\u003e Thibaut Guilluy, \u003cem\u003eOp.cit.\u003c/em\u003e\u003c/p\u003e\n\n\n\n\u003cp\u003e\u003ca href=\"#_ftnref9\" id=\"_ftn9\"\u003e[9]\u003c/a\u003e Sylvain Chareyron, Rémi Le Gall et Yannick L’Horty, «\u0026nbsp;Droits et devoirs du RSA\u0026nbsp;: l’impact des contrôles sur la participation des bénéficiaires\u0026nbsp;», \u003cem\u003eRevue économique\u003c/em\u003e, Vol.73, 2022/5, p.735-759.\u003c/p\u003e\n\n\n\n\u003cp\u003e\u003ca href=\"#_ftnref10\" id=\"_ftn10\"\u003e\u003csup\u003e[10]\u003c/sup\u003e\u003c/a\u003e Economic \u0026amp; Social Research Council, \u003cem\u003eFinal findings report. Welfare Conditionality Project\u0026nbsp;: 2013-2018\u003c/em\u003e, juin 2018.\u003c/p\u003e\n\n\n\n\u003cp\u003e\u003ca href=\"#_ftnref11\" id=\"_ftn11\"\u003e[11]\u003c/a\u003e Kela, «\u0026nbsp;Results of Finland’s basic income experiment\u0026nbsp;: small employment effects, better perceived economic security and mental wellbeing\u0026nbsp;», 6 mai 2020.\u003c/p\u003e\n\n\n\n\u003cp\u003e\u003ca href=\"#_ftnref12\" id=\"_ftn12\"\u003e[12]\u003c/a\u003e Collectif ALERTE, «\u0026nbsp;France Travail\u0026nbsp;: les associations de solidarité demandent un accompagnement effectif renforcé des personnes privées d’emploi\u0026nbsp;», Communiqué de presse, 18 avril 2023.\u003c/p\u003e\n\n\n\n\u003cp\u003e\u003ca href=\"#_ftnref13\" id=\"_ftn13\"\u003e[13]\u003c/a\u003e ATD Quart-Monde, «\u0026nbsp;France Travail\u0026nbsp;: un rapport qui confirme les inquiétudes d’ATD Quart Monde\u0026nbsp;», Communiqué de presse, 20 avril 2023.\u003c/p\u003e\n\n\n\n\u003cp\u003e\u003ca href=\"#_ftnref14\" id=\"_ftn14\"\u003e[14]\u003c/a\u003e Métropole de Lyon, Département d’Ille-et-Vilaine et Département de Loire-Atlantique, «\u0026nbsp;Opposés au RSA sous condition, nous défendons le droit à un meilleur accompagnement\u0026nbsp;», communiqué de presse du 24 avril 2023.\u003c/p\u003e\n\n\n\n\u003cp\u003e\u003ca href=\"#_ftnref15\" id=\"_ftn15\"\u003e\u003csup\u003e[15]\u003c/sup\u003e\u003c/a\u003e Nicolas Duvoux, «\u0026nbsp;Trente ans de RMI. La réforme perpétuelle de l’assistance sociale\u0026nbsp;», \u003cem\u003eLa vie des idées\u003c/em\u003e, 27 novembre 2018.\u003c/p\u003e\n\n\n\n\u003cp\u003e\u003ca href=\"#_ftnref16\" id=\"_ftn16\"\u003e\u003csup\u003e[16]\u003c/sup\u003e\u003c/a\u003e Sarah Belouezzane et Bertrand Bissuel, «\u0026nbsp;Allocation sociale unique\u0026nbsp;: qui seraient les perdants et les gagnants\u0026nbsp;?\u0026nbsp;», \u003cem\u003eLe Monde\u003c/em\u003e, 2 août 2018.\u003c/p\u003e\n\n\n\n\u003cp\u003e\u003ca href=\"#_ftnref17\" id=\"_ftn17\"\u003e[17]\u003c/a\u003e Timothée Duverger et Thierry Germain, «\u0026nbsp;Revenu d’autonomie\u0026nbsp;: faire le choix d’un autre modèle\u0026nbsp;!\u0026nbsp;», \u003cem\u003eNote\u003c/em\u003e, Fondation Jean-Jaurès, 12 avril 2023.\u003c/p\u003e\n\n\n\n\u003cp\u003e\u003ca href=\"#_ftnref18\" id=\"_ftn18\"\u003e[18]\u003c/a\u003e Cyrine Hannafi \u003cem\u003eet al.\u003c/em\u003e, \u003cem\u003eMesurer régulièrement le non-recours au RSA et à la prime d’activité\u0026nbsp;: méthode et résultats\u003c/em\u003e, Les dossiers de la DREES, n°92, février 2022.\u003c/p\u003e\n\n\n\n\u003cp\u003e\u003ca href=\"#_ftnref19\" id=\"_ftn19\"\u003e[19]\u003c/a\u003e CNLE, \u003cem\u003eAccompagnement vers l’insertion sociale et professionnelle\u003c/em\u003e, Avis, février 2022.\u003c/p\u003e\n\n\n\n\u003cp\u003e\u003ca href=\"#_ftnref20\" id=\"_ftn20\"\u003e[20]\u003c/a\u003e Jean-Luc Tavernier (dir.), \u003cem\u003eRevenus et patrimoines des ménages\u003c/em\u003e, Insee Références, 2021.\u003c/p\u003e\n\n\n\n\u003cp\u003e\u003ca href=\"#_ftnref21\" id=\"_ftn21\"\u003e[21]\u003c/a\u003e ATD Quart Monde, \u003cem\u003eEvaluation participative du revenu de solidarité active (RSA)\u003c/em\u003e, Rapport d’ATD Quart Monde à destination de la Cour des Comptes, janvier 2021.\u003c/p\u003e\n","author":{"node":{"id":"dXNlcjoyMjA1MDcwNTI="}}}],"slug":"agir-dans-et-pour-une-economie-plurielle"},"__N_SSG":true},"page":"/categories/[slug]","query":{"slug":"agir-dans-et-pour-une-economie-plurielle"},"buildId":"ZCWIBlsE8LkoXnP9sTcaw","isFallback":false,"gsp":true}